Avec son nouvel album Au Baccara, Odezenne tutoie la perfection

"C’est comme si on avait gagné un nouveau tour de manège."

© Odezenne / Facebook

Leur retour faisait partie de nos grandes attentes musicales de cette année 2018. Trois ans après la sortie de leur dernier album studio Dolziger Str. 2, les Bordelais d’Odezenne reviennent avec Au Baccara – kaléidoscope en onze morceaux globalement planants, sautant d’un univers à un autre, tantôt angoissant et tantôt furieux comme dans "Bébé" ou "Bonnie". Un projet dans lequel on retrouve des influences rap, disco, électro, synth pop, voire rock comme dans le paisible morceau éponyme de l’album.

S’ils ont choisi ce titre pour leur nouvel album, c’est aussi en référence au jeu de cartes qui porte le même nom. Un jeu que l’on trouve dans à peu près tous les casinos et qui consiste à miser de l’argent, tout simplement. Alix, le chanteur du groupe a expliqué ce choix plus en détail dans une interview accordée à Paris Match Belgique : "il y a ce côté ‘n’ayons pas peur de miser’. C’est un peu le jeu roi au Casino, où tu peux miser soit contre la banque soit pour toi, et miser très gros. On trouvait déjà l’expression hyper jolie. Et en plus de ça, pour nous, ça représente une petite philosophie de vie."

Une "philosophie de vie" qui se traduit à merveille dans ce nouvel opus, reflet de l’évolution constante du groupe bordelais. Et s’ils s’éloignent peu à peu de l’univers rap dans lequel baignait leur premier album studio sans. chantilly sorti en 2008, c’est tout simplement parce qu’Alix, Mattia et Jacques continuent leur chemin, comme incapables de se sédentariser.

En bons nomades des genres, les trois Bordelais se sont même déplacés à Londres pour mixer leur album au célèbre Konk Studio fondé par The Kinks. Un mixage sur bande, "à l’ancienne" comme nous l’assure Alix, fier d’avoir créé cet album de la sorte. Au Baccara, c’est aussi l’occasion pour l’auditeur de se faire submerger par des paroles souvent profondes, amoureuses, parfois rageuses mais qui bénéficient toujours d’un "artisanat" des mots. Un maniement verbal que l’on ressent dans chaque morceau, comme dans "Lost" par exemple :

"On va mourir demain
Et moi j’veux vivre avant
M’asseoir devant
Fleurir ma tombe de vivant
M’en veux pas si j’pars avec le vent
M’en veux pas si j’oublie tant
Bout de sein goût téton
Ton dessin
Fou de toi dans un coin
Coup d’essai dans tes reins
L’ivresse
Mes mains
Tes sons
Dedans
C’est bien
C’est fou, c’est con, ça a foutu le camp
Les faux-semblants c’est l’plus troublant
Merde c’est la vie qui m’prend
Alors qu’on va mourir demain
Et que je voulais vivre avant"

Alix nous avait accordé une courte interview au moment de la sortie du clip génial et dérangeant de "Bébé". Au Baccara n’était pas encore sorti, mais voilà ce qu’il nous disait de ce nouveau projet, premier du groupe depuis 2014 : "On est très contents de cet album : c’est notre meilleur disque, on a trop hâte de le jouer. Mattia a été loin au niveau de la prod. On a tout mixé sur bandes, à l’ancienne. On s’est fait plaisir. Ça a été une année de dingue pour nous. On s’est si souvent sentis chanceux, c’est comme si on avait gagné un nouveau tour de manège."

Avec Au Baccara, c’est l’ensemble de leur carrière que les trois amis bordelais subliment, comme s’ils concrétisaient leur métamorphose dans le but d’atteindre ce statut d’OVNI musical, hors catégorie et si précieux. Alors, prêts pour un nouveau tour ? Odezenne n’attend plus que vous.