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Laura Dern : "Entre David Lynch et moi, c’est un mariage artistique"

Vendredi 1er septembre, le Festival du cinéma américain de Deauville a rendu hommage à l’actrice Laura Dern, celle qui appelle volontiers David Lynch son "ami, guide et héros". Rencontre avec l’emblématique Lula de Sailor et Lula.

© 20th Century Fox

Laura Dern entre dans la pièce avec la douceur d’un joli printemps, sa belle chevelure cascadant autour d’un visage solaire. "Quel bel endroit !", s’exclame-t-elle, avant d’orner son enthousiasme de ce large sourire qui a convaincu tant de cinéastes. Ses gestes sont élégants, son humeur joviale. Elle incarne d’emblée l’essence même de l’affabilité. La poignée de main est franche. Le plaisir de s’adresser aux journalistes aussi. Depuis longtemps maintenant, le Festival du cinéma américain de Deauville tente de lui dérouler le tapis rouge afin d’honorer sa riche carrière. Cette année, le vœu est exaucé. La récente quinqua a enfin réussi à se libérer. Et sa joie de fouler le sol normand est manifeste.

"C’est une ville magnifique, lance-t-elle d’emblée. Je ne suis pas là longtemps mais j’aimerais beaucoup aller au musée mémorial de la bataille de Normandie, surtout avec mes deux enfants qui m’accompagnent [Ellery Walker, né en 2001, et Jaya, née en 2004, de son mariage avec Ben Harper, ndlr]. Mon Dieu, quelle histoire sur ces terres !" Laura Dern aime la France. Elle se plaît à le dire. On le sent d’emblée. Elle revient d’ailleurs d’un séjour estival à Biarritz où son fils, féru de surf, s’est éclaté. "Il paraît qu’il y a quelques bons spots au nord de Deauville pour sortir la planche ", poursuit-elle, amusée, ajoutant au passage que sa famille revendique un lien très fort avec les océans et les mers.

Biberonnée au cinéma

La star californienne a poussé son premier cri le 10 février 1967 à Los Angeles. Elle est née du mariage de deux comédiens, Bruce Dern et Diane Ladd. "J’ai eu envie de devenir actrice au moment où ma mère tournait Alice n’est plus ici. J’avais 6 ou 7 ans et j’observais en silence Martin Scorsese la diriger aux côtés d’Ellen Burstyn, confie-t-elle. J’ai adoré leur travail autour de l’art. À un moment, je me souviens qu’elle a choisi intuitivement un collier à son héroïne. Scorsese a adoré l’idée et l’a laissée improviser autour de ça, autour de la création du personnage. Ce procédé était fou et m’a séduite." Mais avant de se lancer de manière franche, l’intéressée pèse tout de même le pour et le contre, consciente des sacrifices imposés par ce métier.

"Mes parents m’ont donné le meilleur conseil du monde en me suggérant de ne jamais devenir actrice. Je vais vous dire pourquoi. Parce que ça a appuyé ma réflexion. J’ai été élevée par des acteurs, rompus aux rouages de leur profession. Je savais donc clairement quel mode de vie m’attendait, j’étais au fait des challenges à relever, des succès comme des désillusions possibles. Et j’ai sauté le pas !"

Laura Dern commence sa carrière en 1980 dans Ça plane, les filles ! d’Adrian Lyne. Mais c’est six ans et quatre films plus tard que son destin bascule lorsqu’elle rencontre, à 17 ans, celui qui deviendra son Graal artistique : David Lynch.

"Il voyait des acteurs et actrices pour son quatrième long-métrage, Blue Velvet. J’étais dans un couloir, assise à même le sol. En général, le directeur de casting sort, vous vous levez et on vous emmène voir le réalisateur." Cela ne se passe pas vraiment comme prévu. Les premiers mots seront incongrus. David Lynch ouvre une porte, longe l’allée des postulantes pour aller aux toilettes et s’arrête au niveau de Laura Dern. Il la regarde et lance : "Vous, vous êtes une méditative, non ?" Elle l’assure : "Ça a été les premiers mots qu’il m’a adressés." Très vite, elle le convainc. Débute alors une folle collaboration qui se poursuivra, en 1990, avec Sailor et Lula, Palme d’or à Cannes, dans lequel elle vit une idylle sauvage avec Nicolas Cage.

"Croiser la route de David Lynch est le plus beau cadeau qui soit. Ce sont des occasions rares. J’ai eu de la chance. Il m’a offert des personnages tellement différents. Il a vu à quel point je lui ai fait confiance, dès le début, pour son énergie, son instinct. J’avais adoré Eraserhead et Elephant Man avant de tourner Blue Velvet. Je savais à quel point c’était un génie. Ce qui est bien, c’est qu’il vous renvoie sa confiance en plus. C’est comme un mariage. Entrer dans son monde est facile car tout y est possible. On n’a jamais tort de lui proposer des idées dans la mesure où son univers n’a pas de limites. C’est un espace de création libre. J’ai appris à être une actrice grâce à lui."

Blue Velvet et Sailor et Lula… Laura Dern repense à ces deux films avec amour et assure que personne sur les plateaux ne pensait qu’ils deviendraient des œuvres cultes, adulées aux quatre coins du monde. "On ne sait jamais ce que deviendra un long-métrage. Sur le tournage de Jurassic Park, quelqu’un a dit à Steven Spielberg : 'Je crois vraiment qu’on est en train de faire un truc énorme.' Il a répondu : 'Non, non, non ! On est dans la fabrication, là, pas dans le résultat.' C’est sain de penser comme ça, d’élaborer sans se poser de questions. Nous ne savions pas que Sailor et Lula aurait la Palme, mais nous étions toutefois conscients qu’il s’agissait d’une expérience spéciale."

Si l’actrice, prochainement à l’affiche de Star Wars : Les Derniers Jedi, a tourné avec d’autres pointures – Robert Altman (Docteur T et les femmes), Clint Eastwood (Un monde parfait) ou Alexander Payne (Citizen Ruth) –, David Lynch continuera à ses côtés comme un second poumon, lui proposant en 2006 de jouer dans le retors Inland Empire et, plus récemment, de rallier la troisième saison de sa mythique série Twin Peaks. "Je ne peux pas dire non à David. C’est impossible. À chaque fois, je vais dans la direction qu’il indique." Plus tard dans la journée, Laura Dern a remercié le Festival de Deauville, affirmant désormais comprendre pourquoi Gregory Peck et son épouse ont tant insisté pour qu’elle assiste un jour à la manifestation. "J’accepte cet hommage pour aller encore plus loin et prendre encore plus de risques", a-t-elle conclu, émue et heureuse. Comme nous.