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Ce qui se passe à Cannes ne restera pas à Cannes. Au coeur de la Sélection Officielle et de la Quinzaine des Réalisateurs avec Konbini.

Avec L’Amant double, François Ozon signe un thriller érotique maîtrisé

Après Swimming Pool en 2003 et Jeune et Jolie en 2013, François Ozon concourt une troisième fois pour la Palme d’or avec sa nouvelle réalisation : L’Amant double.

C’est chez le gynécologue que s’ouvre L’Amant double. Avec un plan explicite. Là, Chloé (Marine Vacth), anxieuse, a les jambes écartées. Elle attend un diagnostic rationnel, un constat clair dévoilant l’origine de la douleur tenaillante qui, depuis de longs jours déjà, a investi son bas-ventre. À son grand désarroi, l’explication ne se fait pas. Résultat : on envoie son corps diaphane et ses pensées en sac de nœuds dans le bureau feutré d’un psychothérapeute (Jérémie Renier). François Ozon cadre le visage, le décadre, répondant à une géométrie diabolique, parlante et tranchante comme un scalpel. La malheureuse se livre, lâchant du bout des lèvres les pièces de son propre puzzle. L’extrême rigorisme formel perdure le temps de la mise en place.

Très vite, le cinéaste français coupe le cordon du processus analytique pour faire muter son approche. Chloé tombe en effet amoureuse du praticien. Il lui résiste un temps, avant de succomber à elle et de partager le même toit et un horizon plein de promesses. Hélas, l’équilibre harmonieux se désagrège quand la belle au talon d’Achille découvre que son amoureux a un frère jumeau exerçant la même profession. À un détail près : son approche est à la croisée du sexe débridé et d’une forme de masochisme. Pour l’héroïne de L’Amant double, cette rencontre dérangeante déforme radicalement le quotidien, le rend nocif, trouble, dessinant des anfractuosités et des virages escarpés. C’est le début d’un long voyage métaphysico-cérébral dans lequel le spectateur ne boudera pas le plaisir de multiples loopings à sensation.

Une expédition, au cœur du cinéma de genre, que François Ozon usine avec un brio constant, percutant. Si son ouvrage se révèle ultra-référencé – l’atmosphère polanskienne d’un Rosemary’s Baby (l’excellente Marine Vacth évoque parfois Mia Farrow), le suspense hitchcockien ou la peur du corps étranger très cronenbergienne –, sa digestion filmique s’avère réjouissante et ludique. En adaptant le roman Lives of the Twins de Rosamond Smith (alias Joyce Carol Oates), le maestro transforme brillamment l’essai, tant sur la réalisation, architecturale dans l’usage des symétries ou des reflets, que sur le fond, bouillonnant de sous-textes : la gémellité (maléfique), le sexe, les névroses, la paranoïa… Œuvre-miroir, cet Amant double (détonnant dans la terreur comme dans l’humour noir) marque clairement un tournant dans la carrière de son réalisateur, qui nous fait le bonheur de se réinventer, de surprendre et de varier les plaisirs au gré de choix pertinents.