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Juliette Binoche se livre à son tour sur l’affaire Weinstein

En pleine affaire Weinstein, un mouvement — espérons irréversible — semble s’être enclenché dans l’industrie du cinéma français. Après Isabelle Adjani et Marion Cotillard, c’est à l’actrice Juliette Binoche de se livrer.

Juliette Binoche dans Sils Maria. (© Pallas Film / NFP Carole Bethuel)

Dans un entretien pour le journal Le Monde, Juliette Binoche s’est exprimée sur la scandaleuse affaire Weinstein. Elle revient sur ses rencontres avec le producteur, avec qui elle a collaboré à plusieurs reprises, pour Le Patient anglais en 1996 et Chocolat en 2000. Deux collaborations professionnelles fructueuses, pour lesquelles les performances de l’actrice française seront remarquées par l’Académie des Oscars, lui offrant la convoitée statuette dorée de la meilleure actrice dans un second rôle pour le premier, et une nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice, pour le second.

Sa première rencontre avec Harvey Weinstein remonte au moment où ce dernier distribue le film Les Amants du Pont-Neuf, dans lequel l’actrice tient le premier rôle. Elle se remémore sa personnalité :

"Quand j’ai travaillé avec Harvey Weinstein, je sentais qui j’avais en face : le genre de type avec lequel je n’irai jamais m’amuser. J’ai déjeuné avec lui une fois en tête-à-tête dans sa suite, je n’ai pas senti de danger, mais je n’ai pas compris pourquoi il tenait à me voir. […]

C’est un être complexe et tout aussi bizarrement attachant. Mais je savais aussi très bien quelle bête il y avait en lui."

Si elle avoue avoir été surprise de la gravité des accusations émises à l’encontre du producteur américain, elle affirme avoir réussi à passer entre les mailles du filet en raison probablement de ses expériences passées, qui "l’ont armée" en lui offrant un sens du danger, et ce très jeune.

De (trop) nombreuses expériences personnelles

L’actrice revient ainsi plus intimement sur ses douloureuses expériences personnelles, l’ayant confrontée à la perversion de certains hommes à de nombreuses reprises au cours de sa vie.

"À l’âge de 7 ans (j’ai raconté cet épisode dans le magazine Elle), un maître s’est permis des attouchements sexuels, à la suite de quoi j’ai commencé à mettre des pantalons pour me protéger.

À 18 ans, un metteur en scène, pour me parler d’un nouveau projet, m’avait invitée à dîner. À la fin du repas, il m’a sauté dessus pour m’embrasser.

Une autre fois à 21 ans, j’ai été invitée chez un producteur une heure avant un dîner organisé pour la fin d’un tournage, il s’est jeté sur moi sauvagement. […]

Ce sont des blessures, certes, mais c’est aussi une chance d’avoir pu me structurer rapidement par l’expérience de ces épreuves, qui ne sont évidemment pas souhaitables."

Le cinéma, "un monde dangereux"

Des paroles révélatrices d’un problème plus général et s’inscrivant dans la lignée des récentes prises de paroles de jeunes femmes courageuses, qui ont osé dénoncer les abus de pouvoirs de certains professionnels du milieu du cinéma. "En s’approchant d’un tel pouvoir, il faut savoir où on met les pieds et éveiller son intelligence à ne pas se faire piéger", conseille l’actrice.

Juliette Binoche a également avoué avoir conscience d’être probablement passée à côté de rôles pour ne pas avoir "répondu aux coups de genou sous la table", ou ne pas avoir appelé le numéro qu’on lui avait donné. Des agissements qu’elle avait déjà dénoncés dans une interview pour l’émission Thé ou Café, diffusée sur France 2 en juin 2016.

Elle termine l’entretien du Monde sur une note engagée :

"Cela fait des millénaires que le masculin essaye de dominer le féminin, des millénaires que le féminin n’est pas à sa juste place, il attend patiemment que le masculin se rende, abdique ses croyances de supériorité physique, créatrice ou intellectuelle.

Le pouvoir n’est pas là où l’on croit."