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Entretien : JMSN, enfin libre

La musique de JMSN est le philtre doux-amer de vos soirées de déprime. Le chemin n'a pas été de tout repos pour le chanteur, qui a enchaîné les expériences et les labels avant de dire "merde" à l'industrie et de n'en faire qu'à sa tête. Pour notre plus grand plaisir. On a rencontré l'un des artistes les plus créatifs mais surtout les plus libres de la nouvelle scène R'n'B.

JMSN, alias Christian Berishaj, alias Christian TV...

JMSN, alias Christian Berishaj, alias Christian TV...

Moribond au milieu des années 2000, le R'n'B est revitalisé depuis quelques années par une cohorte d'artistes qui ne se soucient plus d'étiquettes : The Weeknd, How To Dress Well, Jhené Aiko, Frank Ocean... JMSN (prononcez "Jameson", comme le whisky) fait partie de ceux-là. Depuis 2012 et son premier album Priscilla, les fans de sonorités indé connaissent bien ce chanteur-compositeur qui régale ses nombreux amis (Kaytranada, Kendrick Lamar, Ab-Soul, Sango...) de ses vocals éthérés.

Mais attention, qui dit nouvelle vague ne dit pas dernière pluie. Il faut remonter dans le temps pour comprendre d'où vient JMSN – et donc où il va. Car bien avant de composer la BO parfaite de tout chagrin d'amour qui se respecte, le chanteur originaire du Michigan a plus que roulé sa bosse.

JMSN (de son vrai nom Christian Berishaj) débute la musique professionnelle en 2004 au sein d'un groupe de rock, Love Arcade. Compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, il joue l'intégralité des partitions présentes sur l'album, le reste du groupe étant crédité comme un tour band. Impressionnant.

Quelques années plus tard, on le retrouve signé en tant qu'artiste solo sous le nom de Christian TV. Il est passé d'un rock californien plutôt chewing-gum à une electro-house très radio friendly. Et puis à la fin des années 2000, c'est la révélation : il claque la porte d'Universal, se met à son propre compte et commence une mue radicale sous un nouveau pseudo : JMSN.

Le résultat pourrait difficilement être plus éloigné de ce qu'il avait fait précédemment. Vous voyez Justin Timberlake ? Vous voyez Massive Attack ? Vous voyez Shlohmo ? Vous voyez le R'n'B des années 90 ? Vous les mettez dans un mixeur, vous appuyez sur "on", vous balancez le tout sur SoundCloud et vous obtenez un truc approchant de JMSN.

Priscilla est l'album d'une rupture amoureuse. Une quinzaine de pistes entrecoupées d'interludes téléphoniques tendus, dont la noirceur n'a d'égale que la beauté. Son nouvel opus, le Blue Album, plus mélodique et rythmé, ajoute quelques touches de couleurs au tableau, mais on prend toujours autant de plaisir à se plonger dans les lamentations cathartiques de son auteur. Qu'est-ce à dire ? De ses premiers pas en tant que prisonnier des majors au songwriter sans limites qu'il est aujourd'hui, nous avons profité du récent passage de JMSN à Paris, fin avril, pour revenir sur ce cheminement.

Konbini | Tu définis ta musique comme du "hippie R’n’B", est-ce que tu peux expliquer ce terme ?

JMSN | C'est un mot qui m'est venu comme ça, parce que pour qualifier ma musique, j'avais envie d'un mot qui évoque la paix, l'amour, l'harmonie, le fait d'être libre de toute étiquette, de tout genre... mais qui sonne quand même R'n'B. Alors j'ai trouvé ce terme.

Avant d'être JMSN, tu as été signé en major avec Love Arcade, puis en tant que Christian TV. Ce que tu faisais alors est très différent d'aujourd'hui. D'où te vient ce besoin de changer constamment d'identité ? 

C'est dur de savoir ce qu'on veut dans la vie. En fait ces différents personnages, c'était l'époque où je me cherchais. Je cherchais à savoir ce que je voulais faire, j'écoutais les autres plutôt que moi-même... C'est quand j'ai enfin commencé à m'écouter que je suis devenu JMSN. Et je pense que je ne vais pas à nouveau changer, que je vais continuer à évoluer mais en restant JMSN. Je ne peux pas dire que je me sois entièrement trouvé, mais en tout cas c'est un sentiment merveilleux. Je sais que je n'ai jamais été aussi sincère.

Avec du recul, quel serait selon toi le point commun entre tes différents alias ? 

Ils font tous partie de ma vie. Ensuite, est-ce que je me reconnais en eux, c'est autre chose. Parfois je regarde cette personne et je me dis : "Mais c'est qui ce mec ?".

"Quand tu écoutes de la musique, tu as envie qu'on te parle de souffrance, parce que c'est ça la vie"

Tu racontais à Pigeons and Planes que tu as baptisé ton premier album, Priscilla, du nom de ton ex-copine. C'est ta rupture avec elle qui t'a transformé en JMSN ?

Il y a eu pas mal de moments décisifs. J'étais coincé sur un label qui ne voulait rien faire avec moi, ma copine et moi avions rompu... Ma famille et moi, on vivait à six dans un studio, je n'aimais pas rentrer chez moi... J'ai fait cet album à cette période où je traversais pas mal de changements et de difficultés.

C'était aussi un disque important pour moi parce que j'ai arrêté d'écouter les labels qui me disaient de faire des hits pour les radios, des trucs comme ça. Parce qu'en fin de compte, je veux que ce que je fais me rende heureux. Je ne veux pas être dépendant de la somme d'argent que je rapporte, parce que ce genre de trucs change très vite. Il y a des artistes qui passent à la radio mais dont personne n'a rien à foutre. Moi, je voulais être un artiste que je respecte. Donc j'ai commencé à tendre vers ça.

D'où tires-tu cette mélancolie, cette amertume qui transparaissent dans beaucoup de tes morceaux ?

Je ne suis pas quelqu'un de spécialement sombre dans la vie, bien au contraire ! Mais la musique est comme une thérapie pour moi, c'est peut-être le seul truc que je prends au sérieux (rires). Je suppose que c'est ainsi que je me sens, tout au fond. J'aime tous les genres de musique, mais il faut qu'il y ait un sentiment doux-amer qui s'en dégage. Je n'aime pas les chansons totalement joyeuses qui sonnent comme si on était dans un Disney. Ce n'est pas amusant à écouter. Quand tu écoutes de la musique, tu as envie qu'on te parle de souffrance, parce que c'est ça la vie.

Ton nouvel album, le Blue Album, sonne plus léger, plus pop aussi, que Priscilla. Doit-on en conclure que tu te sens mieux aujourd'hui ?

J'essaie toujours de comprendre comment être plus heureux, mais oui, ma vie personnelle va un peu mieux. C'est marrant que les gens trouvent l'album moins sombre, parce que les paroles restent quand même très centrées sur mes interrogations, mes doutes... Mais ça fait partie de mon évolution. Et je travaille là-dessus, pour m'ouvrir encore plus. C'est ce que font mes artistes favoris. Eminem par exemple, mes sons préférés de lui, ce sont ceux où il se dévoile totalement. J'essaie d'être aussi sincère que possible, mais il y a toujours moyen de faire plus.

Il y a cet article qui dit que la tendance "indie R'n'B", "PB R'n'B", "néo R'n'B", peu importe comment on l'appelle, est déjà arrivée à saturation et que le vent tourne... Toi qui as contribué à cette vague, qu'en penses-tu ?

Je trouve ça bien que cette vague existe, que les gens remettent ainsi en cause les barrières musicales. Mais je pense que ça ne va pas durer. Je trouve ça bizarre que certaines personnes soient tournées vers le passé, à essayer de rattraper ce train-là. D'ailleurs qui peut dire ce que c'est, le PB R'n'B ? Moi je suis déjà passé à autre chose, c'est pour ça que j'ai fait le Blue Album. Et mon prochain album s'en éloignera encore plus, il sera encore plus différent. J'espère pouvoir continuer à faire ça : être libre, tout mélanger, faire du neuf... C'est ça la musique, c'est ce qui fait sa beauté.

Hip-hop, société, gaming et japoniaiseries. All black everything.