De Douai à Los Angeles : le trip ensoleillé de Marlin, nouvel espoir de l’électro-pop française

En avant-première pour Konbini, Marlin dévoile aujourd’hui le clip de "Be Good" : un titre tout en apesanteur, extrait de son nouvel EP Nights, pour lequel il a voyagé jusqu’à la Cité des anges. L’occasion de revenir sur son envol.

Il a beau n’avoir que 21 ans, Marlin est loin d’en être à son coup d’essai. Fils d’un musicien, élève au Conservatoire de Douai et biberonné à la sauce SoundCloud, ce multi-instrumentiste originaire du Nord de la France fonde son premier groupe de rock à l’âge de 12 ans, avant de commencer à composer sur son ordinateur, inspiré par le succès des pionniers de la French Touch comme Justice."C’est à cette époque que j’ai créé mes pages SoundCloud et Facebook, pour essayer de faire mon trou via Internet", retrace-t-il.

Mais c’est un concours de remix de l’iconique Sébastien Tellier, auquel il participe en 2012, qui marque le début véritable de son ascension dans le petit monde de la musique. Aussitôt repéré par un manager et un booker, Valentin Marlin (de son vrai nom), alors âgé de 16 ans, passe ses deux dernières années de lycée à mixer dans des soirées électro, notamment au sein du collectif Discothrill. Dans le même temps, il s’acoquine avec Le Marquis, Point Point et le label Record Records, via lequel il sortira un premier EP. Les retours sont si encourageants qu’il décide de ne se consacrer qu’à la musique, et d’interpréter lui-même ses chansons : Marlin est né.

Le 7 juillet 2017, le jeune producteur dévoile ainsi Nights : un second projet envoûtant, dont les six pistes (qu’il a entièrement composées et chantées) témoignent d’un savoir-faire précoce. Avec eux, Marlin s’impose comme le petit prince d’une électro-pop moderne, nourrie par l’univers de ses innombrables influences, dont Travis Scott, Daft Punk et Tame Impala font grandement partie. Après le clip de "54321", la première piste de Nights, Marlin dévoile aujourd’hui, en exclusivité pour Konbini, la vidéo de "Be Good" : un titre tout en apesanteur, sur lequel on retrouve le rappeur américain Jared Samuel, qui impose notre Français comme l’un des nouveaux visages de la scène électro française. Rencontre.

"Au lieu d’une PlayStation, pour mon anniversaire, je demandais des instruments"

Konbini | J’ai cru comprendre que la musique a toujours joué un rôle assez important dans ta vie. Comment est née cette passion ?

Marlin | Effectivement, la musique, c’est un truc que j’ai aimé dès mon plus jeune âge, auquel je me suis raccroché, et que je fais toujours aujourd’hui. Je suis tombé dans la marmite très tôt, comme on dit… Mes parents ont sans doute joué un rôle important là-dedans : ma mère écoutait énormément de musique quand j’étais petit, et mon père est musicien. Du coup, j’ai eu des instruments à dispo assez tôt, des guitares notamment. C’est une habitude que j’ai gardée en grandissant : au lieu d’une PlayStation, pour mon anniversaire, je demandais des instruments.

As-tu toujours voulu faire de la musique, ou tu avais d’autres rêves ?

Franchement, je crois que j’ai toujours voulu faire de la musique mon métier. J’ai formé des groupes de rock assez tôt, par exemple… bon, on n’était pas des professionnels, mais c’était quand même des projets sérieux, on était chauds [rires]. Au lycée, quand je voyais la conseillère d’orientation, j’essayais de réfléchir à des métiers plus "traditionnels" qui pourraient me plaire… mais je revenais toujours à la musique. Donc ouais, on peut dire que j’ai toujours voulu faire ça.

Qui sont les artistes qui t’inspirent le plus pour ta musique ?

On dit souvent que je mélange beaucoup d’influences : c’est dû au fait qu’il y a énormément d’artistes qui m’inspirent – et en plus, ça change un peu tous les jours [rires] ! Mais ceux qui reviennent le plus souvent, je dirais que c’est Kaytranada et Tame Impala, et beaucoup d’artistes de hip-hop et de R’n’B aussi, comme Travis Scott et Drake. Ces temps-ci, j’aime bien ce que propose XXXTentacion aussi… Disons que ça va du hip-hop au rock en passant par la pop, sans oublier tous les artistes qui ont fait la French Touch, comme Justice et les Daft Punk. C’est un mélange de tout ça.

Marlin et le sunset californien. (© Quentin Curtat)

"On pourrait parler de pop sans étiquette ?"

Comment décrirais-tu la musique que tu façonnes aujourd’hui ?

Je n’ai pas envie de mettre d’étiquette dessus, parce que comme je disais plus haut, elle mélange beaucoup d’influences ; mais en même temps, au vu des dernières chansons que j’ai sorties, je dirais quand même que c’est de la pop, du coup… On pourrait parler de pop sans étiquette ? Ouais voilà, de la pop sans étiquette, je viens de l’inventer ! [rires]

Le 7 juillet, tu as sorti Nights. Que raconte cet EP, il nous dit quoi de toi ?

Tu sais, j’ai écrit les paroles de toutes les chansons de cet EP, mais ce qu’elles racontent, ce n’est pas vraiment le cœur du projet… En fait, j’ai surtout essayé de faire de la bonne musique. Et vu que cet EP réunit pas mal d’influences, j’ai l’impression que peu importe si tu aimes la pop, le rock ou le hip-hop : tu pourras toujours y trouver quelque chose qui te parle. Enfin, en tout cas, c’est ce que je souhaite.

Comment as-tu rencontré Jared Samuel, le rappeur qui figure sur le titre "Be Good" (et le seul artiste avec lequel tu as choisi de collaborer sur cet EP) ?

Jared Samuel est un rappeur originaire de Savannah, une ville près d’Atlanta, dans l’État de Géorgie aux États-Unis. On s’est rencontrés sur SoundCloud il y a quatre ou cinq ans. À l’époque, j’avais sorti un remix d’un morceau de Rihanna, très club et électro, et il m’a contacté en me disant : "Mec, c’est vraiment pas le genre de musique que j’écoute d’habitude, mais j’ai vraiment kiffé ton remix."

J’ai écouté ce qu’il faisait à mon tour, et rapidement, on a fait deux, trois sons ensemble. On est restés en contact via Internet, on s’appelait souvent aussi, et j’ai naturellement fini par lui proposer de participer au morceau "Be Good". Mais on s’est rencontrés "en vrai" pour la première fois il y a seulement quelques mois, sur le tournage du clip de "Be Good" qu’on a fait avec Panamæra à Los Angeles. Et tous les deux, en se rencontrant là-bas, on s’est dit : "Putain, avec Internet, on vit vraiment dans une époque de ouf !" [Rires.]

"Collaborer avec Tame Impala ou Travis Scott, ce serait fou !"

C’était la première fois que tu allais aux États-Unis ?

Ouais, et c’était mortel ! Plus petit, j’écoutais beaucoup de Snoop Dogg, de rappeurs californiens. Alors, quand je suis arrivé là-bas, j’étais en mode "California love" à fond [rires] ! J’étais un peu le touriste cliché, mais c’était vraiment lourd. Et puis, avec les deux clips [la vidéo de "54321 a également été tournée lors de ce voyage, ndlr], j’ai quand même la meilleure vidéo de vacances… C’était ma première expérience de clip, et le fait de voir ces morceaux, que j’avais galéré à faire, prendre vie… c’est un vrai bonheur. Il se passe autre chose, au-delà de la musique.

C’est quoi la suite pour toi ?

Écoute, en ce moment, je passe la plupart de mon temps en studio, à bosser sur de nouveaux sons. Donc la suite logique, c’est de sortir un nouveau projet musical, bien que je ne sache pas encore la forme que ça prendra. Peut-être que ce sera single par single, peut-être que ce sera un EP, un album… ou un triple album… Non, je rigole ! Mais il y a un truc qui va arriver, en tout cas. Et par ailleurs, j’essaie de bosser avec d’autres artistes, sur Paris ou ailleurs.

J’imagine qu’il y a plein d’artistes avec lesquels tu aimerais collaborer…

Bien sûr. Dans ceux qui sont très haut placés, collaborer avec Tame Impala ou Travis Scott, ce serait fou ! Daft Punk aussi. Mais sinon, en ce moment, je discute aussi avec une jeune chanteuse parisienne dont j’aime beaucoup l’univers : Lean Chihiro. On va peut-être faire un truc ensemble… Affaire à suivre !

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.