Rencontre avec Hollie Cook, la nouvelle voix ensorcelante du reggae britannique

À l’occasion de la sortie de Vessel of Love, son troisième album, la Londonienne nous a accordé un moment pour parler de ses inspirations, de la place des femmes dans l’industrie du reggae et de sa relation avec son père, Paul Cook, le batteur des Sex Pistols.

(© Ollie Grove)

Hollie Cook est l’un des visages les plus prometteurs de la scène reggae. S’inscrivant dans la lignée de la chanteuse Janet Kay, révélée dans les années 1970 pour son sensuel "Silly Game", cette Anglaise de 32 ans façonne une musique intemporelle, entretenant un équilibre parfait entre influences contemporaines et sonorités nostalgiques.

Bercée par les Temptations, Mariah Carey, les Beach Boys ou les Spice Girls, cette native de Londres grandit au sein d’une famille passionnée de musique. Ses parents ne sont autres que Paul Cook, batteur des mythiques Sex Pistols, et Jennie Matthias, chanteuse des Belle Stars et filleule de Boy George.

Le déclic, elle le connaît en 2006 lorsque Ari Up, amie de la famille et ex-chanteuse de The Slits, la convainc de participer à l’EP Revenge of the Killer Slits. Une expérience révélatrice, qui encourage Hollie Cook à abandonner les bancs de l’école pour accompagner le groupe en tournée.

Après un premier album sorti en 2011, qu’elle qualifiera elle-même d'"heureux accident", et un second dévoilé il y a quatre ans, Hollie Cook précise aujourd’hui son univers envoûtant avec Vessel of Love : un disque qui parle d’amour et de désir, et pour lequel la chanteuse a signé sa toute première collaboration avec Martin Glover.

Connu pour avoir travaillé avec U2, Guns N’Roses ou encore Paul McCartney, le producteur britannique parle d’Hollie Cook comme de "l’une des chanteuses et auteures les plus passionnantes de ces dix dernières années, combinant des mélodies à la fois envoûtantes et mélancoliques soutenues par une écriture tranchante et des jeux de mots intelligents, avec une exquise sensibilité pop". Rencontre avec la nouvelle voix ensorcelante du reggae contemporain.

"J’étais attirée par la musique de façon très naturelle"

Konbini | Pour mieux saisir la musique que tu façonnes aujourd’hui, j’aimerais savoir : qu’avais-tu l’habitude d’écouter plus jeune, en grandissant à Londres ?

Hollie Cook | Oh, tellement de choses différentes ! Il y a d’abord eu ce que mes parents jouaient en boucle à la maison : The Buzzcocks, The Temptations, Four Tops, Beach Boys (beaucoup de Beach Boys), Dusty Springfield… Et puis, petit à petit, il y a eu les choses que j’ai commencé à écouter par moi-même, avec mes amis − ce qui change pas mal de la discographie des parents, en général [rires] : les TLC, Salt-N-Pepa, les Spice Girls, mais aussi des artistes comme Björk ou The Cranberries. Pas mal de choses, donc !

Y a-t-il un artiste en particulier qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Oui, il y en a eu plusieurs même. Mariah Carey a été une très grande source d’inspiration pour moi. Björk aussi, parce qu’elle était tellement… bizarre [rires] ! Je la trouvais différente, et c’est ce qui m’attirait vraiment chez elle. Son étrangeté. Sans oublier Michael Jackson, évidemment, comme tous les gosses de ma génération je crois.

Du coup, as-tu toujours voulu devenir une artiste, ou avais-tu d’autres plans de carrière à un moment donné ?

Disons que l’idée de performance m’a toujours été très chère. Quand j’étais très jeune, je voulais devenir danseuse de ballet. Plus tard, je voulais devenir actrice – une idée très rapidement abandonnée au vu de ma très grande timidité à l’époque. Mais en vérité, je pense que mes parents ont su bien avant moi que j’allais prendre la voie de la musique. Quand j’étais petite, je n’arrêtais pas de chanter. Dès qu’un morceau passait, je tendais l’oreille avec un intérêt que les enfants n’ont que peu à cet âge-là. J’étais attirée par la musique de façon très naturelle, si tu veux.

(© Ollie Grove)

"Des inspirations à la fois contemporaines et old school"

Quand as-tu commencé à prendre la musique au sérieux ?

De 11 à 16 ans, j’étudiais dans une performing art school, ce qui m’a aidée à renforcer mon intérêt pour la musique et la performance. C’est aussi à cette époque-là que j’ai rejoint un groupe de musique avec des amis. Mais c’est quand j’ai quitté cette école, à 16 ans environ, que j’ai vraiment commencé à prendre ça au sérieux. J’ai cumulé les projets, appris à enregistrer des morceaux de façon professionnelle… Et puis, vers 19 ans, j’ai arrêté mes études pour partir en tournée avec The Slits. J’ai compris à ce moment-là que j’avais trouvé ma place dans la société, et dans le monde en général. Et que je ne pouvais plus faire marche arrière.

Tu es la fille de Paul Cook. As-tu déjà éprouvé une forme de pression par rapport à ton nom ?

Pas du tout ! Je trouve ça vraiment cool d’avoir grandi au sein d’une famille si expérimentée en matière de musique, et je me sens vraiment chanceuse car grâce à ça, mes parents ont toujours compris mes choix de vie. Mon père m’a toujours encouragée, il m’a toujours donné de super bons conseils. Du coup, peut-être que certaines personnes ou certains médias attendent quelque chose de moi… mais personnellement, je n’ai jamais ressenti aucune forme de pression par rapport à mon nom. D’autant que mon père et moi ne faisons pas du tout le même genre de musique !

Comment expliques-tu ton attraction pour le reggae, d’ailleurs ?

Écoute, je crois que j’aime juste trop ça [rires] ! Je me suis prise de passion pour cette musique vers mes 16 ans, à la même période où j’ai commencé à chanter. J’ai découvert énormément d’artistes femmes de reggae, comme Marcia Griffiths, Janet Kay, Phyllis Dillon… et ça m’a paru comme une évidence. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir "choisi" de faire du reggae, ça me paraissait tout simplement juste de faire ça. Et le fait que ce ne soit pas un genre mainstream, écouté par la masse, l’a rendu encore plus attrayant à mes yeux. Je voulais juste faire quelque chose qui me paraissait sincère, qui pourrait retranscrire au mieux mes sentiments, mes idées.

"J’avais envie d’un reggae plus moderne"

Comment décrirais-tu la musique que tu conçois aujourd’hui ? Car elle est loin de se résumer au reggae…

Oui, clairement ! Il y a très, très, très longtemps, j’ai décidé de qualifier ma musique de "pop tropicale". Avec le recul, je crois que c’était une étiquette très banale, qui ne voulait pas dire grand-chose, mais les gens l’ont malgré tout intégrée très rapidement, ça leur a parlé tout de suite. Et puis, si j’avais qualifié ma musique de reggae pur et dur, je pense que les vrais fans de reggae l’auraient mal pris [rires]. Du coup, c’est un peu un mélange de reggae et de pop, un genre qui m’inspire beaucoup, aussi bien pour la mélodie des morceaux que pour leur structure. Ma musique est aussi très influencée par la soul et le R’n’B, avec des inspirations à la fois contemporaines et old school tirées des morceaux de Sam Cook, des Temptations, des Ronnettes… J’y ai mis un peu tout ce qui me représente niveau sonorités.

Qu’est-ce qui influence ton écriture ?

Je trouve principalement mon inspiration dans la nature, l’espace, l’amour, les relations humaines… La façon dont j’écris mes paroles laisse en général une marge de manœuvre assez large en matière d’interprétation, ce qui permet à chacun d’y trouver la sienne et de comprendre son propre message.

Tu viens de sortir ton nouvel album, Vessel of Love. Que doit-on attendre de ce dernier et surtout, que nous dit-il de toi ?

Sur la forme, je dirais que vous y trouverez ce que vous avez l’habitude d’entendre sur un disque d’Hollie Cook (même s’il y a selon moi beaucoup plus de sonorités électroniques sur ce nouvel album). Sur le fond en revanche, pas mal de choses ont changé… J’ai vécu de gros changements dans ma vie depuis la sortie de mon deuxième album Twice en 2014. J’ai mis fin à une relation amoureuse très intense, et Vessel of Love a émergé dans cette phase de reconstruction émotionnelle, à l’issue de laquelle j’ai finalement retrouvé un mode de vie très heureux. Du coup, je dirais qu’il s’agit probablement de mon disque le plus joyeux, car il faut le dire : la plupart de mes morceaux sont quand même assez déprimants [rires] ! Il reste quelques morceaux assez tristes, qui parlent du fait de se sentir perdu·e ; mais la majorité des titres de cet album est quand même très positive.

(© Ollie Grove)

"Je me suis toujours sentie très à l’aise en tant que femme évoluant dans l’industrie musicale"

En quoi ta musique a-t-elle changé depuis la sortie de ton premier album, Hollie, en 2011 ?

La production de ce troisième album est très différente. Prince Fatty, l’ingénieur du son avec lequel j’ai collaboré, possède un son bien à lui, très spécifique. Et puis, je crois aussi que j’ai essayé de me sortir de l’ADN traditionnel du reggae, en me dirigeant vers quelque chose de plus pop, et peut-être moins nostalgique aussi − car le reggae porte en lui quelque chose de clairement nostalgique. Il n’y a rien de mal à cela, la plupart de mes influences s’inscrivent dans cette ligne directrice ; mais tu ne peux pas reproduire les choses à l’infini. Je n’avais pas envie d’un énième album qui sonne comme un album de reggae old school. J’avais envie d’un reggae plus moderne, en quelque sorte.

Comment te sens-tu au sein de cette nouvelle scène du reggae ? As-tu l’impression d’y avoir trouvé tes marques ?

Il y a énormément d’artistes qui proposent du super reggae aujourd’hui, très moderne, notamment en Jamaïque, avec des artistes comme Protoje, Jah9 ou Chronixx (dont j’ai écouté l’album en boucle l’année dernière). En Angleterre aussi, on voit éclore une nouvelle génération d’artistes de reggae très talentueux : Gentleman Dub Club, General Roots − avec qui j’ai joué plusieurs fois −, ou encore The Skints, qui fusionne le reggae et le punk… donc je me sens plutôt très bien au milieu de tout ça !

Qu’en est-il des artistes femmes de reggae ? Sont-elles suffisamment représentées à tes yeux ?

Écoute, en ce qui me concerne, je ne me suis jamais vraiment senti l’âme d’une activiste dont le devoir est de se battre pour sa musique. Je me suis toujours sentie très à l’aise en tant que femme évoluant dans l’industrie musicale, encouragée par une tonne de femmes artistes comme Jah9, Marla Brown, Marcia Richards des Skints, Sara Lugo… Il y a vraiment beaucoup de femmes qui brandissent fièrement le drapeau du reggae. Et même si l’industrie musicale (comme toutes les industries en général) reste encore largement dominée par les hommes, j’ai le sentiment que c’est en train de changer, que les femmes sont en train de réellement s’affirmer pour leurs droits et leur représentativité. Donc j’ose espérer que le nombre de femmes dans le reggae ne fera qu’augmenter !

Le nouvel album d’Hollie Cook, Vessel of Love, est disponible depuis le 24 janvier 2018 sur Spotify ou iTunes. Elle sera en concert le 21 février prochain au Pan Piper, à Paris.

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.