Everydayz : "Né sous le sun n'est pas ensoleillé, il est revendicatif"

A 26 ans, Everydayz, de son vrai nom Ilia Koutchoukov, est un jeune beatmaker touche-à-tout. Souvent considéré comme "inclassable", il a collaboré avec des personnalités comme Agoria et Némir, et a même été cité dans le bouquin de Laurent Garnier comme étant "l'un des producteurs les plus prometteurs de sa génération".

Son EP Né sous le sun, sorti le 15 avril dernier, confirme sa place dans le fleuron de la nouvelle génération de beatmakers français, entre hip hop et électro planante. Découvrez le premier clip futuriste de cet EP, en exclusivité sur Konbini, issu de la collaboration entre le réalisateur Valentin Petit, les scénographes AVOC et la Bonne Grosse Agence.

Ce film raconte  l’histoire d’un groupe d’humains transporté dans un décor imaginaire où l’humanité, dénuée du pouvoir de communiquer, a perdu sa lumière. C'est une contemplation du banal et de l’extraordinaire de la solitude de l’homme dans un environnement où tout le pousse à partager.

Retour sur ses influences, de la Russie à Bruxelles, en passant par Perpignan et Lyon.

K | Tu es arrivé en France très jeune mais tu es né en Russie, est-ce que tes origines ont influencé ta musique ?

Everydayz : J'ai vraiment très peu de souvenirs de cette période, mes premières expériences dans la vie "consciente" c'était en France. Mais mes parents sont clairement imprégnés de la culture russe, donc ça m'a un peu influencé. J'ai pioché quelques trucs dedans, surtout dans le cinéma en fait, celui de Andreï Trakovski par exemple avec l'Enfance d'Ivan. En musique, il y aussi des Brassens russes.

Ensuite, tu passes le reste de ton enfance à Perpignan, c'est là que tu as rencontré notamment Némir. Même question, en quoi ça a influencé ta musique ?

Perpignan, ça représente beaucoup de personnes avec qui je n'hésite pas à échanger au niveau de la musique. On se connait bien, je continue à écrire de la musique avec eux, il y a Némir, Gros Mo, le collectif La Big Familia. Il y a toute une vie artistique à Perpignan. Au niveau de la création, ça m'a bien aidé, il y a un vrai vivier. Il y a des groupes supers différents comme Tekameli, des tsiganes super connus, ça arrive de voir du flamenco aussi. Quand on a commencé à faire du rap avec  Némir, on répétait dans une asso et à la pause clope, on échangeait avec tout le monde.

Tournage du clip "Né sous le sun" (Crédit image : Vankemmel Thibaut)

Tournage du clip "Né sous le sun" (Crédit image : Vankemmel Thibaut)

Est-ce qu'il y a dans ton dernier EP Né sous le sun, une référence à la ville ensoleillée de Perpignan ?

Bah pas du tout en fait ! C'est vrai que plein de gens se sont amusés à écrire ça. Ce n'est pas un morceau si solaire que ça. Il est un peu lourd, pesant. On a toujours plein de symboles du pouvoir autour de nous qui sont écrasants et dans cet EP, il y a un peu ce côté Louis XIV, le Roi Soleil. Je voulais reprendre cette esthétique parce que c'est d'actualité. Il n'est pas du tout gai ni ensoleillé, il est un peu énervé, revendicatif à la façon Everydayz, de manière un peu subtile (rires).

C'est-à-dire ?

Je sais pas, il y a des gens qui aiment prendre la parole, faire de grands débats ou occuper l'espace médiatique mais moi je trouve que c'est une perte de temps, je préfère faire du travail de fond dans la musique tout simplement.

Et après avoir habité à Bruxelles et à Lyon, tu retournes à Perpignan, c'est un retour aux sources ?

Je suis venu me poser un peu. J'habitais à l'étranger cette année et n'empêche, même si ce n'est pas loin, au niveau des choses administratives ça complique les choses. Je me suis dit qu'il valait mieux retourner en France, structurer les choses pour penser plus long terme. Pour moi, Lyon, c'était une ouverture. J'ai remarqué qu'il y a une fracture par rapport à Perpignan, avec une culture beaucoup plus cosmopolite. A Perpignan par exemple, c'est plus compliqué de proposer certaines musiques, certains concerts, parce que les gens ne sont pas forcément intéressés par cela. Bruxelles, c'était encore plus cosmopolite, plus ouvert, encore plus bordélique !

Tournage du clip "Né sous le sun" (Crédit image : Vankemmel Thibaut)

Tournage du clip "Né sous le sun" (Crédit image : Vankemmel Thibaut)

Tu as fait le Conservatoire, mais je crois que tu faisais déjà de la musique avant, qu'est-ce que cela t'a apporté ?

J'avais commencé la musique en tant qu'autodidacte. Mais au Conservatoire, il y avait un cursus un peu fourre-tout, pour les musiques qui sont ni du jazz, ni du classique. Ca m'a permis d'avoir trois ans devant moi pour apprendre la musique et m'améliorer.

Est-ce que tu peux revenir sur tes premières expériences avec le rappeur Némir, la période où tu as commencé à décoller ?

On s'est rencontré il y a presque dix ans maintenant ! Il donnait des ateliers de cours d'écriture dans une association à l'époque. Je crois que je l'ai toujours connu en train de faire du rap. On y allait pour sympathiser, on enregistrait de temps en temps, on faisait des morceaux. Et petit à petit on a décidé de sortir une mixtape gratuite sur Internet. On s'est inscrit à un concours pour sortir la tête de l'eau. En fait, Némir c'est une histoire de famille ! Moi je suis l'homme de la scène, lui, il travaille avec un autre beatmaker en studio, on essaie de travailler comme une petite coopérative.

Tu as d'ailleurs fait la première partie de Stromae avec lui, c'était comment ?

Avec Stromae, le contact est plutôt bien passé. C'était impressionnant, il faut les épaules aussi pour le faire ! Ce mec joue toute l'année devant des scènes de 10 000 personnes, nous ont a joué trois soirs et mentalement c'était fort. On était vraiment heureux de faire ça ensemble.

Tu formes aussi Sunlune avec Agoria, un duo un peu spécial parce que vous travaillez essentiellement à distance...

Ah on n'a pas fait un seul morceau dans la même pièce ! Il est souvent occupé et part loin, moi j'avais aussi beaucoup de concerts, on avait des idées, on les envoyait puis se les renvoyait. On se captait de temps en temps à une soirée.

Certains le considèrent un peu comme ton parrain...

Oui j'ai lu ça, "le protégé d'Agoria". Les magasines aiment reprendre ça pour faire du spectaculaire parce que c'est un grand nom ! Il y a un peu de ça, mais je faisais déjà des projets, de la musique avant de le rencontrer. Il est vraiment très sociable donc il me présente à des gens, il parle de moi, en ça on peut dire que c'est un parrain mais je suis quand même totalement indépendant. Je dirais que c'est plus mon oncle ! Il est très à l'écoute, par rapport à des artistes qui ont réussi et qui ne s'intéressent plus à ce qu'il se passe plus bas. Agoria n'a pas ce côté-là, il est vachement curieux. On s'est pas mal entendu sur plein de points au niveau de la musique alors qu'on vient de milieux différents.

Tournage clip "Né sous le Sun" de EVERYDAYZ x AVOC - réalisateur Valentin Petit

Tournage du clip "Né sous le sun" (Crédit image : Vankemmel Thibaut)

Avec d'autres expériences comme la musique pour la série Les Lascars et pour un spectacle de danse, tu comptes continuer à essayer de te diversifier ?

La danse c'était avec un couple de danseurs que je connais depuis des années, qui sont super forts, ils ont fait une série de spectacles supers bons. Et ils m'avaient proposé un projet, on s'est enfermé pendant deux semaines pour s'entraîner au niveau du son et des lumières, c'est vraiment le genre de projets qui me fait kiffer mais je ne me verrais pas faire ça toute ma vie ! Pour Les Lascars, c'était de travailler un an entier sur l'environnement sonore de la série. J'ai d'autres propositions mais j'aimerais développer Everydayz sur scène et sur album. Bosser pour des gens c'est bien, tu apprends d'eux mais tu donnes aussi beaucoup de ta personne, ça te nourrie autant que ça peut t'user. Il y a un moment où tu as aussi envie de faire des choses plus personnelles, sans l'avis de quelqu'un.

Quelles sont vraiment tes influences musicales ?

Elles changent avec les années, je fais souvent des blocages sur quelqu'un. Mon premier blocage ça a été DJ Premier, il y avait un truc qui me fascinait, puis les Daft Punk. Après il y a eu Gainsbourg, je suis tombé amoureux, artistiquement bien sûr. En ce moment j'ai Claude Nougaro, je ne sais pas pourquoi. J'aime bien les personnages, les gens qui au-delà de leurs créations sont un peu décalés, un peu dingues.

Parce que sur Facebook c'est écrit Alain Delon comme influence, alors il va falloir que tu m'expliques !

Ah ça c'est mon père, c'est un trip, il me fait rire, il parle de lui à la troisième personne ! Je me dis que les grands artistes, c'est souvent des grands égocentriques et lui c'est en mode humour.

Pour ton premier EP Under Ctrl, tu t'étais inspiré de films de science fiction. Avec le clip de Né sous le sun, tu reviens à un peu à cette époque ?

Ouais j'aimais bien à l'époque les soucoupes volantes et tout ! Ca c'était vraiment le délire du moment. Ca fait un peu geek mais il y a vraiment de la poésie dans la science fiction. Dans le nouveau clip, il y a une petite référence aux films Le meilleur des mondes et Bienvenue à Gattaca. C'est une réflexion sur le monde d'aujourd'hui.

Comment tu vois ton évolution depuis tes débuts ?

Je pense qu'on peut voir la progression. Au niveau de la production ce n'était pas fou, c'était plus bancal. Avant c'était peut être plus naïf, je réfléchissais moins. J'essaie d'être plus minutieux maintenant et  de bosser des morceaux qui puissent bien vieillir aussi. Après c'est tellement un domaine ou il n'y a pas de règles, que c'est très instinctif !