Avec son EP "3:33am", Amber Mark dessine les contours d’une carrière prometteuse

Repérée en 2016 par l’influent Zane Lowe, cette New-Yorkaise de 23 ans distille une soul envoûtante tout droit inspirée de l’Inde, son pays d’adoption. Elle signe aujourd’hui un premier projet cathartique, en hommage à la vie passée de sa mère.

Amber Mark. (© DR)

Il est 9 heures du matin lorsqu’Amber Mark, lovée dans une chambre d’hôtel californienne, répond à notre appel. "Désolée, je suis encore un peu endormie, je viens tout juste de me lever", s’excuse-t-elle. Malgré cet entretien matinal, la jeune femme est on ne peut plus réjouie, visiblement très enthousiaste à l'idée de discuter de son premier EP 3:33am, sorti ce vendredi 12 mai. Un projet de sept titres qui cristallise son important patchwork culturel, et ses douleurs les plus viscérales.

Depuis un an, cette jeune New-Yorkaise, dont la voix grave rappelle à certains égards celle de l’ensorcelante Sade, façonne une musique enjouée, qu’elle qualifie de "soul tribale", et au cœur de laquelle s’entrechoquent avec grâce toutes les cultures qui ont bercé son enfance itinérante. Née de deux parents artistes ("et hippies", précise-t-elle), Amber Mark a été élevée à la pop de Michael Jackson, au jazz de Nat King Cole, à la funk d’Earth, Wind and Fire, et a grandi entre Miami, New York, Berlin et l’Inde. Ce pays, plus que n’importe quel autre, est celui qui l’a le plus inspirée, le plus touchée.

"Quand j’étais enfant, j’ai vécu quatre ans en Inde avec ma mère, relate notre chanteuse, productrice et compositrice, non sans un brin de nostalgie. Je pense que j’ai inconsciemment et naturellement absorbé énormément de sons qui proviennent de ce pays. Aujourd’hui encore, je suis très attirée par la musique indienne." Elle ajoute : "Prem Joshua, un producteur allemand qui incorpore à sa musique des sons indiens, est d’ailleurs l’un des artistes qui m’a le plus influencée pour cet EP."

3:33am : un hommage à la mère d’Amber Mark

Mais plus qu’un hommage à l’Inde et à sa joyeuse musique, 3:33am est aussi et surtout une déclaration d’amour à sa mère, décédée il y a un peu plus de deux années. "J’étais très proche d’elle : on a énormément voyagé toutes les deux. Comme je ne connais pas vraiment mon père, on se reposait beaucoup l’une sur l’autre, donc ne plus l’avoir à mes côtés… ça a été très difficile, confie-t-elle. Lorsque je l’ai perdue, je suis passée par une palette d’émotions très intenses, violentes même, que j’ai eu besoin d’extérioriser."

C’est dans cette période d’affliction qu’est né 3:33am, dont chaque morceau décrit, avec une poésie touchante, un stade émotionnel bien précis dans ce long processus qu’est le deuil. "Avant de mourir, lorsqu’elle était encore à l’hôpital, ma mère m’a donné un prospectus qui récapitulait les différentes étapes de douleur que traversent la plupart des gens lorsqu’ils perdent un être cher, se souvient Amber Mark. J’ai donc concocté ma liste à moi, avec mes propres étapes, et ce sont ces étapes qui forment aujourd’hui le squelette de 3:33am. Fabriquer cet EP m’a aidé à me sentir mieux, à évacuer ma peine."

"Cet EP ne s’adresse pas qu’à moi"

3:33am, qui de prime abord sonne comme une invitation à une joyeuse célébration, possède donc en lui quelque chose de profondément cathartique. "Regret", le premier des sept titres qui composent ce mini-album, correspond, comme son nom l’indique, à cette inexorable phase de regret éprouvée par notre artiste ; s’en suit "Lose My Cool", dont les notes de piano appuyées évoquent la colère qu’a par la suite ressentie cette dernière ; "S P A C E", qui avait attisé la curiosité de Zane Lowe à sa sortie au mois de janvier 2016, représente quant à elle l’isolation dans laquelle Amber Mark s’est un temps fondue.

Il y a aussi "Monsoon", sur laquelle on peut entendre résonner la voix de Mia Mark, la mère d’Amber, et qui traite de l’immense tristesse ressentie par la jeune femme. "Pour illustrer la pochette de ce single, que j’ai d’abord sorti sur SoundCloud, j’ai d’ailleurs utilisé une peinture réalisée par ma mère. Le cadre jaune qui entoure la pochette de l’EP est lui aussi tiré d’un mur qu’elle avait peint", poursuit Amber Mark, qui conclut :

"Cet EP m’a vraiment aidé à aller mieux, mais il ne s’adresse bien sûr pas qu’à moi. Tout le monde finit par perdre quelqu’un dans sa vie, que ce soit à cause d’une séparation amoureuse, de la maladie, d’un accident… Je voulais écrire quelque chose pour aider les gens à surmonter cette épreuve."

Amber Mark, enfant, et sa mère, Mia Mark, sur la pochette du titre "Monsoon".

Amber Mark, enfant, et sa mère, Mia Mark, sur la pochette du titre "Monsoon".

L’EP 3:33am d’Amber Mark est disponible sur iTunes et Spotify.

Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.