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Une lettre ouverte dénonçant l’impact de TPMP sur le harcèlement scolaire fait le tour du Web

Alors que les humiliations commises dans l’émission n’en finissent pas de défrayer la chronique, un comédien proteste en écrivant une lettre ouverte à Cyril Hanouna. On vous la relaie.

(Capture d'écran C8)

Matthieu Delormeau en larmes après une caméra cachée. (Capture d’écran C8)

C’est tellement récurrent qu’on serait tenté de ne plus y prêter attention. Touche pas à mon poste !, l’émission du très irritant Cyril Hanouna (baba pour les intimes), n’en finit pas de nous arroser de nouvelles perles d’humiliations, traînant dans la boue la dignité de ses animateurs. Les nouilles dans le caleçon de Matthieu Delormeau, le baiser sur le sein de Soraya, faire croire à Delormeau (toujours lui) qu’il a assisté à la mort de quelqu’un… Alors que tout le monde attend le prochain “coup d’éclat” de baba, d’autres ont décidé de prendre la plume pour dénoncer ses actes.

C’est notamment le cas du comédien Grég Allaeys, engagé dans la prévention contre le harcèlement à l’école. Il déplore, dans une lettre publiée sur Facebook, les conséquences désastreuses de TPMP sur la vision que les enfants et jeunes ados ont du harcèlement et établit un lien avec la normalisation des humiliations dans les cours de récré, avec un systématique “c’est pour rire” comme “excuse”.

Alors, bien sûr, l’animateur n’est pas responsable de l’ensemble du harcèlement à l’école, le phénomène existait bien avant qu’Hanouna ne vienne pourrir chaque soir le huitième canal de la TNT. Mais Grég Allaeys estime que la star de la télé porte sa part de responsabilité, et la lettre ouverte qu’il lui adresse aujourd’hui, parce que le message qu’elle porte est fort et juste, est devenue virale en l’espace de quelques jours.

Nous avons décidé de la relayer :

“En ce mercredi, jour des enfants et après deux jours, 4 interventions et autant de débats autour du harcèlement devant des gamins aux yeux parfois rougis de larmes, une petite lettre s’impose :

Cher petit Hanouna,

Pardon pour le qualificatif de ‘petit’, je ne cherche pas à mon tour à te faire passer sous les fourches caudines, mais juste à prendre un peu de hauteur et avec toi, ça va vite.
Si je me permets cette missive, c’est pour te rendre service et t’alarmer sur quelque chose que tu ignores peut-être. C’est vrai, sous les dorures parisiennes, tu n’as peut-être pas conscience des drames qui se nouent dans la vraie vie. Alors voilà, nous sommes quelques-uns à travailler au quotidien ou ponctuellement sous les néons fatigués des collèges de la République pour tenter de soulager ce monde de sa pesanteur. Y a du boulot. L’un des sujets récurrents sur lequel nous sommes appelés à intervenir, c’est celui du harcèlement. Ces humiliations répétées, cette petite torture psychologique, cette stigmatisation des individus perçus comme ‘faibles’, ou pour une couleur de peau, de cheveux, une corpulence, une origine ou une confession. Cette violence verbale ou physique qui, au mieux, peut foutre en l’air une scolarité et, au pire, pousser un scolaire à se foutre en l’air. Tu commences à voir où je veux en venir, petit roi du PAF [paysage audiovisuel français, ndlr]. C’est que tu es très regardé par cette population influençable de collégiens.
Et nous, comme les néons, nous sommes usés et fatigués de constater que tout le travail de fond que nous faisons est sapé par un individu qui n’a peut-être pas conscience que ce qu’il fait en direct dans son studio parisien a des conséquences directes dans les cours de récré et sur les vies des enfants. Parce que les ‘harceleurs’ en culotte courte nous font les mêmes réponses que toi, adulte mature : ‘C’est pour rire.’ La même réponse que ceux qui ont poussé cette gamine au suicide ou cet autre enfant à s‘immoler par le feu.
Et tout ce que tu fais impunément contribue à banaliser le harcèlement, le tout légitimé par ton chroniqueur sous emprise et contrat de travail. Alors que tu tires le cerveau de nos chères têtes blondes ou brunes vers le bas (bas) est une chose, mais que tu attises la bêtise et la haine en est une autre. NON, humilier quelqu’un, même ‘pour rire’, ce n’est pas normal. Et embrasser une fille ou un garçon sans son consentement non plus.
À surenchérir en permanence pour bouffer de l’audimat et vendre du temps de cerveau disponible, tu me fais penser à ces politiques en mal d’exposition médiatique qui cherchent la petite phrase pour exister, avec parfois des conséquences désastreuses dans les quartiers. La question que je me pose pour eux comme pour toi, c’est : est-ce que vous les ignorez ces conséquences ou est-ce que vous vous en foutez ? Est-ce que la vie d’un gamin vaut moins que le prix de l’espace publicitaire pour vendre un paquet de chips ?
Bref, pour employer le jargon que tu t’obstines à utiliser pour essayer de rester proche de ta ‘cible’, le teubé c’est bien toi, et ouais c’est peut-être pour rire, Hanouna, mais en fait, bah c’est pas drôle.”

Des “agissements répétés et vexatoires”

En février déjà, Bruno Donnet, chroniqueur chez France inter, poussait un cri d’alerte sur la normalisation de l’humiliation à l’œuvre dans l’émission de Cyril Hanouna, en réaction à l’épisode des nouilles. Près d’un an plus tard, la situation n’a pas bougé d’un poil, et continue même d’empirer :

Du côté des politiques non plus, la situation n’est pas passée inaperçue. La députée socialiste Marie-Anne Chapdelaine s’est également fendue d’une lettre ouverte, adressée à la ministre de la Culture cette fois-ci. La députée lui demande de prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux abus répétés de l’émission. Audrey Azoulay ne lui a pour l’instant apporté aucune réponse. Pendant ce temps là Cyril Hanouna, lui, continue de kiffer toute cette pub gratuite. Et de se lâcher sur Matthieu Delormeau, à l’image de cette diatribe :

“NRJ12, ils vous ont mis dehors comme une merde. On va pas se mentir, si, c’est vrai. Arrêtez. Parce que je vais raconter l’histoire ! Qui c’est qui est venu en juillet dans mon bureau comme une pleureuse, hein ? Mais ferme ta gueule ! Quel bouffon celui-là !”

L’émission Touche pas à mon poste ! est suivie, en moyenne, par 1,3 million de personnes par jour, dont beaucoup d’adolescents.