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"Le Hellfest est désormais une marque, avec ses propres valeurs"

Premier festival des réseaux sociaux avec plus de 130.000 fans Facebook, jauge maximale de spectateurs atteinte cinq mois avant l'ouverture des portes... Moins de dix ans après des débuts modestes, le Hellfest est devenu un poids-lourd des festivals d'été de l'Hexagone. Éclairages sur le festival made in France devenu l'évènement metal le plus respecté d'Europe.

Yoann Le Nevé, blah-blah (Crédits image : Ouest France)

Yoann Le Nevé, radieux devant son royaume de scènes et de champs (Crédits image : Ouest France)

La chaleur dans la voix. Pas trop, mais juste assez. Le ton de quelqu'un qui a pris l'habitude, bon gré mal gré, de répondre aux interviews. Fondateur originel du Hellfest avec Benjamin Barbaud, Yoann le Nevé fait aujourd'hui partie de la dizaine de salariés à temps plein que compte le festival. Dix salariés qui travaillent 362 jours par an afin que les trois jours restant soient les meilleurs de l'année pour près de 120.000 personnes.

C'est le travail de cette équipe qui a conduit cette année le festival à afficher complet près de cinq mois avant son coup d'envoi, pour la première fois de sa jeune histoire. Le secret de cette réussite ? "Une programmation exceptionnelle, notamment cette année. La meilleure d'Europe ! Thomas Jensen, organisateur du Wacken, l'a lui-même affirmé".

La légende Iron Maiden

Le "Wacken", ou plutôt Wacken Open Air, c'est tout simplement le festival metal le plus emblématique d'Europe, vu comme la Mecque du metal par les cousins américains. Sans surprise, le staff de notre festival made in France est fier, et à dessein : l'équipe a longtemps clamé haut et fort qu'une consécration serait de faire venir, un jour, "la légende" Iron Maiden. C'est chose faite cette année. Mais l'édition 2014 impressionne aussi avec l'ajout de Black Sabbath, considéré comme le groupe qui a littéralement inventé le heavy metal. Et sans compter les increvables Aerosmith, véritables héros du hard rock FM des années 80.

La présence du groupe de Steven Tyler n'a d'ailleurs rien d'anodin : "On a ces groupes le samedi qui n'intéressent pas que des métalleux : Status Quo, Deep Purple et Aerosmith". Trois artistes de talent, certes, mais en alignant ces groupes - dont le plus jeune d'entre eux a été formé en 1970 - le Hellfest peut se faire reprocher, comme cela lui est arrivé, du fait de ne faire jouer que des dinosaures.

Les trois têtes d'affiche du Hellfest 2014 sont trois vieux groupes, mais trois vieux groupes de talent (Crédit image : Hellfest Productions)

Les trois têtes d'affiche du Hellfest 2014 trois groupes de vieux, mais trois groupes de talent (Crédit image : Hellfest Productions)

"On nous dit parfois qu'on fait jouer des grabataires. Pourtant, il y a un renouvellement des têtes d'affiche pour nous, nous faisons jouer des groupes inédits. En neuf ans qu'on existe, nous apportons une certaine variété." Il est vrai que le Hellfest fait aussi jouer des groupes plus jeunes, un simple coup d'oeil à la programmation plus en profondeur permet de s'en rendre compte.

Des groupes de heavy metal comme In Solitude ; de black metal comme The Ruins Of Beverast ou Aluk Todolo ; de stoner comme Mars Red Sky ou bien HARK... autant d'exemples d'artistes certifiés young blood, présents sur l'affiche aux côtés de la vieille garde représentée par Max Cavalera, Mikael Akerfeldt, Ozzy Osbourne... et tant d'autres.

Le problème de renouvellement musical ne réside pas dans les choix de programmation du fest, mais dans l'adulation des mêmes artistes depuis des années, des années, et des années. Du conservatisme naturel inhérent aux metalheads. Yoann Le Nevé le reconnaît lui-même : "Il est vrai qu'il y a une pénurie de têtes d'affiche importantes dans le metal. Mais on n'a jamais fait Tool, ni Rammstein, ni Rage Against The Machine... Il reste des noms !".

Marque, valeurs, communauté

Reste que pour Yoann le Nevé, la réussite, ce n'est pas qu'une simple affaire de programmation musicale : "Si le Hellfest est devenu incontournable sur la durée, c'est aussi parce que plus qu'un festival, il est désormais une marque, entourée de valeurs autour de laquelle une véritable communauté s'agglomère".

Mais si pour cette édition l'événement de Clisson a pris autant d'ampleur, c'est aussi grâce à sa stratégie sur les réseaux sociaux. "On a travaillé sur la communication très tôt. Pour nous, c'est important de s'implanter sur Facebook, le réseau social le plus populaire". S'il est le roi des festivals français sur Facebook avec près de 140 000 abonnés, il reste cependant derrière d'autres événements d'ampleur sur Twitter.

Peu importe pour Yoann Le Nevé : "Twitter semble être un réseau adapté à une niche qui n'est pas la nôtre", se défend-il. Quoique loin d'être ridicule avec ses 16 400 abonnés sur Twitter, le festival reste bien placé derrière Rock En Seine, qui totalise 22 100 followers et les Vieilles Charrues qui en alignent 18 900. Les Eurockéennes, par exemple, sont derrière le festival clissonnais avec 15 500 abonnés.

Le Hellfest capitalise sur des images rentrées dans la culture populaire, tel l'univers des gangs de motards comme les Hell's Angels. (Crédits image : Hellfest Productions)

Le Hellfest capitalise sur des images rentrées dans la culture populaire, tel l'univers des gangs de motards comme les Hell's Angels. (Crédits image : Hellfest Productions)

Le fan-club payant : un carton

"Après le principe du forum, nous avons mis en place Hellfest Cult pour animer notre communauté". Lancée début novembre 2013, la plateforme se veut un fan club participatif... mais payant. Comptez 30€ par an. Néanmoins, avec des fans aussi dévoués que ceux de la fête de l'enfer de Clisson, ça fonctionne : "nous avons totalisé un millier de membres en un mois", explique, pas peu fier, Yoann Le Nevé qui en parle comme d'un "carton".

Preuve que le Hellfest sait soigner sa communauté, faire partie du Cult, c'est la garantie d'être chouchouté lors des trois jours de festivités. Assister à des concerts depuis la scène, découvrir les coulisses en visite guidée, accéder aux accès VIP (réservés aux artistes et aux journalistes), profiter de places de parking privées... De quoi satisfaire le quidam avec des avantages agréables... et peu chers pour la trésorerie du fest'. "Nous avons tenté quelque chose de nouveau, quelque chose qui marche grâce à la communauté que nous avons la chance d'avoir derrière nous, celle qui voue un véritable culte au festival". 

"On s'est bien fait baiser !"

C'est indéniable : le festival initialement créé par Yoann Le Nevé et Ben Barbaud est aujourd'hui suivi d'une cohorte de fans indéfectibles. On a pu s'en rendre compte avec l'engouement qu'a suscité une pétition demandant des excuses à M6 après un reportage de Zone Interdite sur les métalleux... et le Hellfest.

"Drogués", "alcooliques", "zombies", "satanistes"... voilà quelques termes qui définissaient les festivaliers dans le sujet. Résultat : 56 000 signataires faisaient savoir leur mécontentement à la chaîne de Nicolas de Tavernost en 2013. Yoann Le Nevé revient sur cet épisode en des termes crus, mais sincères :

On s'est bien fait baiser, sur ce reportage. En plus, il faut savoir que leurs images ont été tournées sur deux éditions, en 2012 et 2013. Aucune mention n'en est faite dans leur sujet. Bon, aujourd'hui, on passe au-dessus de ça. M6 fait du sensationnalisme, pas du journalisme et les métalleux le savent désormais très bien. Ce n'est pas grave. M6 et le Hellfest n'ont pas le même public.

Des faits aujourd'hui oubliés et pourtant, le festival de Clisson refuse désormais les accréditations à ces médias que Le Nevé qualifie de "torchons". Visés : M6, W9, TF1 entre autres. Les organisateurs ouvriront cependant leurs portes à France Télévisions, D17... ou encore Canal+ qui a pour habitude de couvrir le festival avec Le Petit Journal, un exercice de style bien connu de la communauté :"Quand Canal+ se moque, c'est un peu relou. Mais au moins, ça donne un côté grand public et sympathique au festival", explique Le Nevé.

Populaire, sympathique... bientôt à la mode ? Alors que des voix anxieuses bruissent d'un metal de plus en plus mainstream, car porté par la vague des médias indépendants, Yoann Le Nevé n'y croit pas... du moins pas vraiment. "Il y a un metal à la mode porté par des médias comme Noisey ou bien Pitchfork. Mais ce n'est pas une tendance générale, c'est plutôt un outil de différenciation face à d'autres médias pour témoigner d'un amour pour la musique pointue, peut-être."

Quoi qu'il en soit, l'organisateur le reconnaît : c'est bon de voir sa passion reconnue. Mais pitié, pas par M6.

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac’ chef du webzine Hear Me Lucifer.