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Harvey Weinstein se défend d’avoir harcelé sexuellement Lupita Nyong’o

Alors qu’il a gardé le silence face à ses autres accusatrices, le producteur a immédiatement tenu à récuser les faits qui lui sont reprochés par cette cinquantième victime présumée.

© Michael Buckner/WireImage via Getty Images

Cela fait désormais un peu plus de quinze jours que l’enquête du New York Times sur le harcèlement sexuel exercé par Harvey Weinstein a entraînant une avalanche de témoignages de la part de femmes expliquant avoir été victimes des agissements du producteur hollywoodien. Jeudi 19 octobre, Lupita Nyong’o a publié une tribune dans le quotidien américain. L’actrice oscarisée pour 12 Years a Slave y expliquait avoir été, elle aussi, harcelée sexuellement par Harvey Weinstein. Elle est la cinquantième victime présumée à avoir le courage de témoigner.

Dès le lendemain, un porte-parole du producteur a déclaré que celui-ci avait un souvenir différent des événements racontés par l’actrice dans le journal :

"M. Weinstein a un souvenir différent des événements, mais estime que Lupita est une grande actrice et un atout majeur pour cette industrie."

Cette déclaration a immédiatement déclenché la polémique sur un éventuel comportement raciste de la part d’Harvey Weinstein. Le Washington Post rappelle en effet que c’est seulement la deuxième fois depuis la publication des premiers témoignages que l’accusé cite nommément une de ses victimes pour nier les faits. Son empressement à récuser cette accusation en particulier a provoqué de nombreuses réactions d’internautes qui voient un lien direct entre ce déni immédiat et la couleur de peau de l’actrice :

"Harvey Weinstein ne voulait pas répondre aux accusations de viols de femmes blanches mais il a été rapide quand il s’est agi de réfuter celles de Lupita."

"De tous les gens à qui Harvey Weinstein pouvait répondre directement, c’est Lupita N’yongo qu’il choisit de traiter de menteuse. Waouh."

"Alors même qu’il n’a jamais autant touché le fond, il ne veut pas que le monde puisse croire qu’il a tenté d’agresser une femme noire."

"Ça me va que toutes ces femmes blanches témoignent mais PAS UNE FEMME NOIRE QUAND MÊME !"

"Il a rapidement dit qu’il voulait enlever son pantalon. Je lui ai demandé de ne pas le faire en lui expliquant que cela me mettrait extrêmement mal à l’aise"

Dans son texte, Lupita Nyong’o évoque deux rencontres avec le producteur américain, qui aurait voulu lui faire un massage, alors qu’elle était encore étudiante :

"Harvey m’a emmenée dans sa chambre, avant de me dire qu’il voulait me masser. Au début j’ai cru qu’il rigolait. Ce n’était pas le cas. Pour la première fois depuis que je l’avais rencontré, je ne me sentais pas en sécurité. J’ai paniqué un peu, et j’ai vite eu l’idée de lui proposer de lui en faire un à la place : cela me permettrait d’avoir le contrôle physiquement, de savoir exactement où ses mains allaient être à tout moment.

Il a accepté et s’est allongé sur le lit. J’ai commencé à lui masser le dos pour gagner du temps, et tenter de trouver un moyen de me tirer de cette situation indésirable. Il a rapidement dit qu’il voulait enlever son pantalon. Je lui ai demandé de ne pas le faire en lui expliquant que cela me mettrait extrêmement mal à l’aise. Il s’est levé quand même et je me suis dirigé vers la porte en répétant que je n’étais pas du tout à l’aise avec la situation."

Elle évoque également des faits qui seraient survenus lors d’un dîner après la lecture à Broadway du spectacle Finding Neverland, produit par Harvey Weinstein. Celui-ci lui aurait alors proposé de monter à l’étage dans sa chambre. Voici ce qu’elle écrit dans le New York Times :

"'Allons droit au but [dit Harvey Weinstein]. J’ai une chambre privée en haut où nous pouvons finir notre repas.' J’étais interdite. Je lui ai dit que je préférais manger au restaurant. Il m’a dit de ne pas être aussi naïve. Si je voulais être actrice, alors je devais être prête à faire ce genre de chose. Il a dit qu’il était sorti avec les grandes actrices X et Y, et que c’est pour ça qu’elles en étaient là aujourd’hui.

Je suis restée sans rien dire un instant avant de trouver le courage de refuser poliment son offre. 'Tu n’imagines pas à côté de quoi tu passes', a-t-il dit. 'Avec tout le respect que je vous dois, je ne pourrai pas dormir la nuit si je faisais ce que vous me demandez, je me dois donc de refuser', ai-je répondu."

Le producteur lui aurait alors répondu : "Alors j’imagine que nous sommes deux bateaux qui se croisent dans la nuit." Elle ajoute :

"Je n’avais jamais entendu cette expression anglaise auparavant, je me rappelle lui avoir demandé ce que cela signifiait. 'Cela veut dire ce que cela veut dire, a-t-il dit, nous sommes deux bateaux qui vont dans des directions différentes.' 'Oui j’imagine que c’est cela', lui ai-je répondu. 'Alors nous en avons terminé, tu peux t’en aller', m’a-t-il intimé."

Parce que le harcèlement sexuel, les agressions et le viol sont aussi caractérisés par un désir de pouvoir et de domination, Harvey Weinstein n’a pas pu s’empêcher de montrer à Lupita Nyong’o qu’il pouvait avoir une influence sur sa carrière. Alors qu’elle partait, elle a ajouté : "Je veux juste m’assurer qu’il n’y a pas de problème entre nous." Ce à quoi il lui a répondu : "Tu vas t’en sortir, mais pour ce qui est de ta carrière je ne sais pas."

© Jacopo Raule/GC Images via Getty Images

"En tant qu’acteurs nous sommes payés pour faire des choses très intimes en public. C’est pour cela que certains peuvent avoir l’audace de vous inviter chez eux ou dans leur hôtel, en sachant que vous irez"

En 2014, après avoir remporté l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, elle a reçu une offre pour un rôle dans un produit par la Weinstein Company :

"Je savais que je ne le ferai pas, simplement parce que c’était la Weinstein Company, mais je ne me sentais pas à l’aise de dire cela à qui que ce soit. J’ai refusé le rôle, mais Harvey Weinstein ne voulait rien entendre. Alors que nous étions à Cannes, il a insisté pour me voir en personne. J’ai accepté seulement parce que mon agent venait avec moi.

[…] Je suis arrivée à court de formulations pour dire non poliment. Mon agent aussi. J’étais tellement exaspérée que j’ai fini par simplement me taire. Enfin, Harvey Weinstein a accepté ma position, et a exprimé son souhait de travailler avec moi un jour. 'Merci, je l’espère aussi', ai-je répondu en mentant."

Lupita Nyong’o termine sa tribune par des mots qui parlent à toutes les femmes :

"Notre industrie est compliquée parce que l’intimité fait partie intégrante de notre métier. En tant qu’acteurs nous sommes payés pour faire des choses très intimes en public. C’est pour cela que certains peuvent avoir l’audace de vous inviter chez eux ou dans leur hôtel, en sachant que vous irez. C’est précisément à cause de cela que nous devons rester vigilants et nous assurer que personne n’abuse de cette intimité professionnelle.

[…] Bien que nous ayons pu nous sentir impuissants entre les mains d’Harvey Weinstein, en prenant la parole, en dénonçant, en parlant ensemble, nous reprenons notre pouvoir. Et nous espérons ainsi trouver l’assurance que ce genre de comportement de prédateur ne soit plus accepté dans notre métier, et qu’il disparaisse ici et maintenant.

Maintenant que nous avons parlé, qu’on ne se taise plus jamais sur ce genre de choses. J’ai pris la parole pour m’assurer que ce genre d’attitude n’aura pas droit à une seconde chance. Je parle pour contribuer à mettre fin à la conspiration du silence."

Lupita Nyong’o a ainsi rejoint la liste de 45 femmes, dont Lena Headey, Gwyneth Paltrow et Angelina Jolie, qui ont accusé l’ancien producteur d’agression et de viol.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

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