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Ils représentent le présent et l'avenir du rap français. Interview, freestyle, photo : de leur style à leur flow, voici les FRENCHMEN, par Konbini.

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FRENCHMEN #1 : Prince Waly, futur roi

Ils représentent la nouvelle vague du rap français. Freestyles, photos, interviews : de leur style à leur flow, voici les FRENCHMEN, par Konbini. Aujourd'hui : Prince Waly. 

© Benjamin Marius Petit / Konbini

Dans un futur très proche, Prince sera roi. Les épaules solides, même sous une lourde veste en cuir Caterpillar, Waly garde les pieds sur terre, dans un univers hétéroclite né d'une fusion entre modernité et nostalgie des 90's. Innover sans oublier les fondamentaux, Moussa en a fait son crédo, entre rap filmique et clips tournés en Super-8.

Manteau du Big Budha Cheez posé sur sa carrière, l'enfant de Montreuil se lance parallèlement en solo avec, à ses côtés, le talentueux beatmaker français Myth Syzer et, derrière lui, toute une famille prête à l’accompagner sur le trône.

Lancez son freestyle exclusif sur un beat signé Black Stars – producteur attitré de cette série –, puis lisez l'histoire du petit Prince Waly devenu grand :

Freestyles, interviews, photos : à partir d'aujourd'hui, retrouvez chaque soir les FRENCHMEN, la nouvelle vague du rap français

Publié par Konbini sur mardi 4 avril 2017

 

"Je m’appelle Moussa. Je suis né à Montreuil, à l’hôpital André-Grégoire, le 24 décembre 1991. La veille de Noël. Ma mère m’a dit que j'étais son cadeau de Noël. J’ai sept frères et sœurs. Quatre grands frères, une grande sœur et deux petites sœurs. Mes parents sont sénégalais, ils viennent d’Afrique de l’Ouest. Mon père était arrivé en France pour travailler, à l’époque ; ma mère l’a suivi.

Prince Waly, c’est arrivé comme une évidence vu que mon père s’appelle Waly et que je le considère comme le roi. Je suis donc son prince, le Prince Waly. Quand j’étais petit, mon père m’appelait 'Maraboule'. Je ne sais pas trop pourquoi. Sûrement parce que j’étais une petite boule. Mes sœurs m’appelaient 'gros', pareil, parce que j’étais gros.

Au collège avec Fiasko [la moitié de Big Budha Cheez, le groupe de Prince Waly, ndlr], on s’est dit qu’il serait peut-être temps d’arrêter d’être gros. Il y avait un grand du quartier, Mechi Mela, du groupe de rap 93 Lyrics d'ailleurs, qui tenait une espèce de club de boxe thaïlandaise. On est allés au premier entraînement et c’était dur. Je ne voulais même plus y retourner. Mais je me suis forcé et j’y retrouvais mes potes. Au bout de deux mois, j’ai perdu 20 kilos. J’en ai fait pendant trois ans."

Nouvelle école 

"Les enfants réussissent mieux dans la vie en allant à l’école le matin et en faisant du sport l’après-midi. Je trouve que c’est super intéressant ; perso, ça m’aurait évité d’être obèse à 12 ans, si j’avais fait du sport. L’école, ici, n'emploie pas forcément la bonne méthode pour permettre à un gosse de se trouver, d'évoluer. J’aimais bien y aller, pour voir mes potes et jouer au foot dans la cour. Ce qui me gavait, c’était de rester assis et noter, comme une éponge absorbant toutes les informations qu'on nous balance. Je ne te cache pas que je ne révisais pas, que je ne faisais pas mes devoirs, mais j’écoutais énormément la prof car j'aimais apprendre. Du coup, quand il y avait des contrôles, je les réussissais car j’avais tout retenu.

Je suis allé jusqu’au bac, en compta, et petite anecdote : je me suis fait virer deux mois avant l'épreuve, parce qu’un prof m’avait pris la tête en me disant que je ne l’aurais pas. Et j'ai eu le bac. Mais après, je me suis demandé ce que j’allais faire, je me suis laissé un an pour réfléchir, c’était hors de question d’aller à la fac pour aller à la fac. Et pendant cette année, on a fait de la musique. Puis ça a duré deux ans, trois ans… et je n'ai jamais repris les cours. Mais je me dis que je pourrais peut-être reprendre un jour, car j’adore apprendre... Je n’ai pas lu beaucoup de livres, mais quand j’en ai ouvert, je les ai toujours terminés."

"Je suis un enfant de Montreuil"

© Benjamin Marius Petit

"J’habite entre Mairie-de-Montreuil et Jean-Moulin. Jean-Moulin, c’est une cité juste à côté du cimetière. Je me balade un peu partout… J’ai mon studio à Robespierre, et j’ai mon frère qui habite à la Motte. Moi, j’habite un petit quartier dans le bas de Montreuil. Je suis né là-bas, j’ai grandi là-bas, je bosse là-bas. J’ai tous mes gars qui sont là-bas. Je suis un enfant de Montreuil.

Je travaille en école avec des enfants qui ont entre trois et six ans. C’est le côté humain qui me plaît dans ce travail. Juste avant ça, je faisais de la comptabilité. C’est pas le même truc, t’es dans ton bureau avec ton café sur l’ordinateur… Tu vas sur Facebook un peu, t’as un peu mal au crâne. J’étais plutôt bon en lettres, mais je me suis retrouvé en compta sans vraiment savoir pourquoi. Je me suis aperçu que ça me faisait chier, on m’a proposé un autre truc : pourquoi pas garder des gosses.

Ça, ça me plaît. On apprend la vie avec les petits. Il y a une heure, j’étais avec eux, ils criaient dans mes oreilles et là, je suis au calme. Ça me permet de faire la part des choses. J’ai une double vie. Je trouve le temps, mais là, ça devient compliqué. Parfois je suis fatigué, mais c’est de la bonne fatigue. Je me dis que c’est mieux que d’être chez moi à ne rien faire. C’est de la bonne énergie. On aura tout le temps de dormir quand on sera vieux et gros."

Les débuts : Big Budha Cheez

"Mon gars sûr, c’est Fiasko Proximo, on forme le Big Budha Cheez. J’ai une équipe qui s’appelle Exepoq Organisation, ça rassemble plein de mecs talentueux, des réalisateurs : Clifto Cream, des mecs qui rappent aussi Issaba, Côme... qui font aussi des instru'. Ils sont multitâches, je suis le seul mec qui a une seule mission dans ce crew : je fais juste du rap. Les autres font du son, des clips, des beats, de la sape, de la danse… on est une équipe.

Au début, je pensais que je pouvais faire mes trucs en solo. Je me disais, si t’as un minimum de talent, les gens vont le remarquer. En fait, c’est faux : si tu n’as pas une équipe solide derrière toi, avec des gens qui sont prêts à miser sur toi et qui croient en toi, t’iras pas loin. C’est très important, parce que tu peux avoir les meilleurs sons du monde, les meilleurs clips… si t'as personne, ne serait-ce que pour la promo...

Avec Fiasko, Côme, on habite dans la même rue depuis qu’on est gosses. C’est comme si on était destinés à bosser ensemble, ou au moins à se rencontrer. On a toujours été à côté. On est une bande de mecs qui kiffent la même chose, qui ont les mêmes centres d’intérêt, et le même objectif : faire du bon son, faire kiffer les gens. On avait pris un lieu à Croix-de-Chavaux qui s'appelle l’Albatros. On avait un studio dedans, où Clifto Cream stockait son matériel. Avec Fiasko, on y allait pour se poser, puis on a commencé à faire des petits trucs, qui sont devenus grands. C’est comme ça que c’est parti. On l'a fait naturellement, sans se dire 'on fait ça, ça, ça'. Il y avait les bonnes personnes et on s’est dit 'on fonce'.

On a attendu d’être un peu carré : une pote s’occupait des réseaux sociaux, on avait un compte YouTube, c’était toujours les mêmes gars. Avec Big Budha Cheez, on avait sorti un projet de neuf ou dix titres. On avait fait des CD, mais personne n’était au courant. Invisibles, pas de mails, rien…"

"Dans la foulée, on a fait un trois-titres pour Internet, en mars 2013, avec le morceau "M.City Citizen". On s’est dit 'on le balance', et, bizarrement, le clip a pris. Au début on avait 4 000 vues par jours, puis 5 000, 6 000... À notre grande surprise, c'est monté, monté, et Ofive TV a balancé le clip sur sa chaîne. On ne s’y attendait pas.

Aujourd’hui, c’est plus carré, l’équipe s’agrandit, on devient des adultes. C’est là que c'est devenu un peu plus un job qu’un passe-temps. Il y a plus de responsabilités, on fait des interviews, des concerts... Il y a une carte à jouer, il y a moyen que ça marche si on donne tout. Si on reste dans notre chambre à faire ça pour le kiff, ça va être bien sympa mais à un moment on sera obligés d’arrêter."


Myth Syzer, rencontre et collaboration :

"Je ne posais que sur des instru' de Fiasko jusqu’à ma rencontre avec Myth Syzer. Tout a commencé par un concert, sur lequel on s’est retrouvés ensemble, et il m’a dit qu’il avait des trucs à me faire écouter. Je suis passé à son studio, on se pose et écoute du son, et là il met l’instru' de 'Clean Shoes', notre premier morceau ensemble. On l’a fait en… une heure. Puis les gens ont kiffé.

Franchement… toutes les prods que Syzer m’a envoyées, j’ai jamais été déçu. Je savais qu’avec lui, ça irait.

Sa musique est beaucoup plus ouverte que la mienne ; surtout à l’époque, moi c’était rétro. Il m’a fait sortir de mon terrain de jeu. Il y a eu un bon feeling entre nous. L'aboutissement de tout ça, c'est l'EP Junior, qu'on vient de sortir ensemble."


Influences

"On fait du son surtout pour faire de la scène. Avec Fiasko, on devait avoir 12 ou 13 ans la première fois. Au début, il y avait Cassidy des X-Men à un open mic, et il regardait. C’était troublant que les grands valident. J’ai découvert les X-Men au collège, c’est ce qui m’a un peu éduqué dans le rap. Je me suis aperçu qu’il y avait une autre sphère. C’est en les écoutant que je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire dans le rap. Je les ai saignés et me suis mis à écrire à mon tour. Avant ça, au tout début, j’ai commencé par écouter tout ce qui se faisait à l'époque 1995 : Doc Gynéco, Secteur Ä, Passi... C’est ma sœur qui m’a mis dedans. Ensuite mon frère est arrivé avec Lunatic, Booba… Je peux aussi bien écouter d'anciens sons que des trucs actuels, comme du A$AP Rocky ou le dernier son de Juicy J et Kanye West ('Ballin').

Après il y a Kendrick Lamar : l’écouter, ça m’a permis de renouveler mon style d’écriture, avec des textes où mon flow change un peu. Je me suis buté à Kendrick à un moment. Après ça reste des classiques, NAS, Jay Z… ce genre de gars. J’ai découvert Three 6 Mafia aussi. En fait, je connaissais certains de leurs sons, les hits, mais c’était via A$AP Rocky, car je crois que c’est eux qui l’ont influencé. On se rend compte qu’ils sont en avance sur leur temps, des précurseurs. Action Bronson, Joey Badass aussi, j’aime bien. Il y a aussi le rap anglais qui me parle bien en ce moment. La grime. À l’époque, c’était Dizzee Rascal. Aujourd'hui, c'est Stormzy qui est bien bien chaud.

Je n’ai pas une grande culture musicale, 85 % de ce que j’écoute c’est du rap. Et avant je n’écoutais que du rap français, car c’était ce que je comprenais, les punchlines… Je ne me suis mis que plus tard sur le rap cainri. Ce qui m'a permis de développer l'entertainment, où le visuel prend une énorme place dans la musique. Il faut faire super gaffe au visuel ; après, il ne faut pas que ce soit calculé non plus. Faut qu’il y ait une part de naturel, mais faut aussi que ça en jette. On est comme des acteurs, on ne va pas se mentir. C’est comme si tu allais au cinéma : tu t’attends à voir un acteur à l’écran, bah là, c’est de la musique et des clips. Il y en a pour qui ça vient plus naturellement, ils n’ont pas besoin de trop en faire. D’autres ont besoin de plus travailler le truc. Surtout maintenant avec les réseaux sociaux, je pense qu’il faut avoir un visuel solide. Après, j’ai l’impression qu'il y a beaucoup de similitudes aujourd'hui. Pas du clonage, mais il y a plein de gens qui n’hésitent pas à pomper le style d’un autre. Ils vont faire la même chose que le voisin et ça va passer crème auprès des gens, c’est un peu dommage.

Comme disait Fiasko, on a le cul entre deux chaises : on est né en dans les années 1990 mais on doit vivre en 2017. Donc les jeunes d’aujourd’hui, on ne peut pas leur en vouloir, car les mecs qu’ils voient aujourd’hui, ce sont eux leurs références. Sachant qu'actuellement tu as des gros hits qui déchirent, même si c’est important d’avoir une certaine culture. Ils écoutent ce qui passe à la radio, à la télé, sur Internet… pareil que nous à l'époque, mais avec une proposition peut-être moins riche. On ne peut donc pas leur en vouloir. Il faut simplement rallier les deux époques, faire ton propre produit et avancer. Faut surtout pas se brider, sinon tu niques ton artistique. Même moi, je peux te faire un son trap demain, et je kifferai. En revanche, j’ai des limites... l’Auto-Tune, c’est pas ma came, je préfère m’inspirer d’un air moins saturé."

TV Rap

"Je m’inspire aussi beaucoup de films depuis cinq, six ans. Je regarde beaucoup de films et de séries. C’est d'ailleurs pour ça que le visuel, plus aujourd’hui que jamais, est très important. Je reçois beaucoup plus d’émotions en regardant qu’en écoutant.

Par exemple, Casino m’a inspiré. Je me demande : jusqu’où la meuf est prête à aller pour avoir de l’argent. Parce qu’on ne va pas se mentir, l’argent c’est ce qui fait tourner la Terre, c’est le nerf de la guerre. Tu te dis  que la meuf est quand même prête à faire un enfant, à kidnapper sa fille, des trucs de ouf, juste pour de la thune. Du coup, ça m’a vraiment intrigué. Je suis parti là-dessus, et j’ai écrit un texte : 'Kidnapper le président'.

J’avais écrit la première phrase et ensuite c’est l'imaginaire qui se met en place. Ça sort tout seul. J’adore tout ce qui est fiction. Après, je ne suis pas dans la revendication. Je rentre chez moi et je fais du son pour kiffer, pas pour me morfondre. C’est ce style d’écriture que je préfère. Je marche avant tout à l’émotion. Et je mets beaucoup de sincérité dans ce que je fais, donc ma musique vient naturellement. Pour que je me mette à écrire, il faut que je ressente l’instru'. Sur certains sons personnels, j’essaye vraiment de mettre le côté humain au premier plan.

Après, 'Soudoyer le maire', c’est purement de la fiction. C’est en écoutant le projet Opéra Puccino, genre 15 fois d’affilée, que je me suis lancé dans ce genre d’écriture."

Politique, Rihanna & Auto-Tune

"La politique m’a aussi toujours intéressé, mais de loin et pas la politique française. Même si j’ai un peu de respect pour Jacques Chirac, il a cette figure de mec pacifique un peu gangster et très classe. Tu sais, je repense à cette photo ou il saute le métro, il en jette.

L’affaire Clinton avec Lewinsky : c’était plus ce côté-là qui m'intéressait dans la politique. Ils ont cette image de mecs respectables, réglo, qui dirigent un pays… En fait ils sont pires que des mecs de la rue, sauf qu’ils font des lois pour que ce soit légal. Ils vendent des armes, mes potes de quartier vendent de la drogue. C’est pas pareil mais le concept est le même."


Mon morceau référence :

"C’est 'Rov or Benz' [octobre 2014], avec Alpha Wann.

Je l’estime énormément, niveau flow, écriture… ce mec me perturbe. Humainement, c’est un super gars. Quand on a fait ce titre, je me suis dit que j’étais capable de rapper avec les meilleurs. Si ce gars-là me valide, bah c’est bon, on peut foncer. Il y a eu de super bons retours sur ce morceau."


"Un autre mec avec qui j'aimerais bien de collaborer… Mmmh, Rihanna. C’est la seule que je vois. C’est mon coup de cœur. Sinon, je kiffe chanter, et prendrai peut-être des cours de chant, un jour ; ça peut apporter quelque chose. Et la chanson c’est plus accessible, ça touche plus de monde. Ce n’est pas tout le monde qui veut écouter du rap.

À l’époque, un mec qui ne savait pas chanter appelait un mec ou une meuf qui savait chanter et ça faisait des connexions. Aujourd’hui, ils veulent tout faire tout seuls. Et l’Auto-Tune, c’est peut-être ce qui a cassé le truc. Avec l’Auto-Tune, tout est possible. Alors qu’il y a des putain de chanteurs qui n’attendent que ça. Les seuls mecs qui l’utilisent bien, c’est PNL. Ils ont les bonnes voix, mais tous les autres, franchement… Enfin, c’est que mon avis.

Et à côté de tout ça, il y a le Big Budha Cheez. C’est nous, et pour toujours. On fait les choses du mieux qu’on peut, avec amour. Et Prince Waly… il existera aussi longtemps que je vivrai."

Rendez-vous demain, même heure, pour le deuxième épisode des FRENCHMEN.

Une série dédiée à Polo, force et courage. <3

Crédits :

  • Auteur du projet et journaliste : Rachid Majdoub
  • Direction artistique : Arthur King, Benjamin Marius Petit, Terence Mili
  • Photos : Benjamin Marius Petit
  • Vidéo (cadrage, montage) : Paul 'Polo' Bled, Mathias Holst, Simon Meheust, Redouane Boujdi, Adrian Platon, Maxime Touitou, Fanny
  • Son : Manuel Lormel
  • Remerciements : à tous les rappeurs ayant accepté de participer et à leurs équipes, à la team Konbini ayant aidé de près ou de loin, Lucille, Florent Muset, les attachés de presse cools, Julien Choquet pour la disponibilité de son enregistreur audio, Thomazi pour sa petite enceinte Supreme, XXL Magazine...

Rédac’ chef adjoint & head of music

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