Fauve : Blizzard, un EP qui crée le malaise

À la rédaction l'écoute du premier EP de Fauve, Blizzard, a provoqué des réactions contrastées. Histoire de ne flouer personne et de faire le tour du sujet, on vous propose une critique en deux temps histoire de saisir toutes les nuances du groupe. Aujourd'hui une critique à charge. 

fauve

Fauve - Blizzard

Il y a quelque temps, à l'époque où le hip-hop était un lexique que je ne maitrîsais que peu, je me souviens être allé voir une pièce d'Aziz Chouaki, célèbre dramaturge algérien. Et dans Une Virée, il était question d'amour, de déracinement, de déchirement et de retour. Et dans Une Virée, la tirade de fin était bouleversante. Parce que les mots étaient crus. Parce que c'était beau, rapide, fleuve et habité.

Fauve crée le malaise

Et bizarrement tout ça me fait penser à Fauve, tant au niveau des thèmes que de l'écriture. Sauf que le dégoût a remplacé les poils hérissés.

Pourquoi ? Parce que la musique de Fauve crée le malaise. Un peu comme une scène d'amour mal jouée dans une sitcom en plein après-midi, ou un joli truc qui sonne faux. Et la source de ce malaise provient de ce que le groupe semble chérir plus que tout : l'écrit et la manière de délivrer le tout par une scansion peu orthodoxe.

L'équation Fauve est simple : des instrus de qualité qui empruntent à un lexique musical large (la folk, la musique électronique, le hip hop), des textes habités, récités, déclamés, presque rappés pour un mélange pas très heureux entre la "chanson réaliste française" tendance Fleurent Didier (pour les références culturelles), Biolay (pour le côté poète maudit) et une coloration pe-ra.

Une bien fade révolte...

Et tout ça jure. Parce que l'esthétique Lucky Strike / Lexomil se marrie mal avec les "Nique sa mère" que le chanteur brandit aussi gauchement que la colère qui semble l'habiter. Parce que des phrases comme "Écrire, écrire, des paroles contre l'ennui" (dans la chanson "Cock Music Smart Music") fait passer tout ça pour une lubie de gosses de beaux quartiers en mal de repères et en manque de sensations.

Parce que surtout Fauve, loin d'être un projet spontané, apparaît comme une grosse machine aux rouages marketing bien huilés : de l'utilisation d'un logo frappant et aisément reproductible à la gestion de leur communication.

En fait, la question qui se pose est celle d'une adéquation. Car les mecs de Fauve apparaîssent artistiquement comme ils sont socialement : des mecs lettrés, biberonnés au hip-hop, affirmant un peu maladroitement leur ambition littéraire et artistique. Et là où quelqu'un comme Fuzati du Klub des Loosers parvient à faire de tout ça une destruction pierre par pierre des totems bourgeois et de l'âge mur, la révolte de Fauve semble adolescente, naïve, comme une simple manière de meubler le vide. Ou simplement inutile.

Finalement, le véritable problème provient de l'ambition de l'entreprise Fauve. Car il est évident qu'ils veulent brouiller les pistes, pousser le métissage et créer un nouveau lexique. Malheureusement, ils ont échoué.

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