En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Entretien : Bouli Lanners, rock star de l'humour belge

Ce mercredi 22 juillet sort une des comédies incontournables de l'été : Je suis mort mais j'ai des amis, réalisée par les frères Malandrin. À cette occasion, nous avons rencontré le comédien et réalisateur belge Bouli Lanners, passé maitre dans l'art de nous faire pleurer de rire à l'écran comme à la ville.

Si vous pensiez que Bouli Lanners était sympathique à l'écran, attendez de le rencontrer en personne. Fort d'une carrure imposante qui pourrait en tromper plus d'un, ce solide gaillard à la crinière grisonnante est aussi agréable en chair et en os qu'il l'est derrière la caméra.

Depuis près de vingt ans, il promène ses yeux rieurs et sa stature de géant dans les plus grand plateaux de cinéma, entre la France et la Belgique : Jean Pierre Jeunet, Albert Dupontel, Kervern et Délepine...autant de réalisateurs qui ont fait appel à ses talents de comédiens, s'appuyant la plupart du temps sur son don de comique inné.

Ce n'est pas tout. Peu après avoir débuté sa carrière d'acteur, Bouli Lanners s'est lancé avec succès dans la réalisation, et a signé trois longs métrages (Ultranova, Eldorado, Les Géants), tous couronnés de plusieurs prix, et deux sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes. Il vient également d'achever il y a quelque mois le tournage de son dernier-né.

Bouli Lanners © Tous droits réservés

Bouli Lanners © Tous droits réservés

Mais aujourd'hui, c'est en tant qu'acteur qu'on le retrouve à l'affiche d'une comédie aussi drôle que déjantée, dont le titre atypique donne quelques indices sur le ton du film : Je suis mort mais j'ai des amis. Il s'agit du deuxième long métrage réalisé par Stéphane et Guillaume Malandrin, des français expatriés en Belgique. Au programme, un hilarant road movie dont les anti-héros pourraient être les cousins belges du Jeff Lebowski des frères Coen.

On suit le parcours de quatre rockers (incarnés par Bouli Lanners, Wim Willaert, Serge Riaboukine et Eddy Leduc) qui enterrent le chanteur de leur groupe. Amis depuis toujours, ils décident de partir en tournée aux États Unis avec les cendres de leur regretté copain. Mais la veille du départ, surgit l'amant secret de leur ami, un militaire flanqué d'une moustache (Lyes Salem). Dès lors, plus rien ne va se passer comme prévu et leur voyage va prendre une tournure inattendue.

C'est la deuxième collaboration de Bouli Lanners et des frères Malandrin, avec qui il avait tourné le thriller Où est la main de l'homme sans tête. "Ce sont des gars que j'aime bien. Ils sont drôles, ils sont gentils, ils sont sympa. C'est toujours bien de travailler avec des gens qui ne vont pas vous casser les couilles sur le plateau", explique-t-il dans un sourire. Cette fois, il s'agit bel et bien d'une comédie : "Le premier scénario me faisait beaucoup rire et c'est rare quand à la lecture je ris beaucoup. J'ai eu deux fous rires, ça ne m'arrive jamais."

Celui qui a toujours rêvé d'être une star du rock trouve ici un rôle sur mesure, comme il nous le raconte avec son habituel entrain :

Je me suis dit " je ferai un mec dans un groupe de rock et j'adore ça. J'écoute du rock tout le temps, c'est à ne pas rater quoi !". Le seul truc qui me faisait peur c'était qu'il y avait une partie qui se passait au Canada et je prends jamais l'avion [...] j'ai donc suivi des stages à Air France pour des mecs qui ont vraiment la trouille. J'ai fait trois jours avec simulation de vol avec le commandant de bord.

À son image, l'acteur de 50 ans aime les ambiances à la fois "détendues et rock'n'roll" sur des plateaux où il fait bon vivre. "C'était comme un groupe de rock en tournée", raconte Bouli Lanners. Surtout la partie filmée dans un endroit ultra-reculé au Canada, où ils sont partis en équipe très réduite, "on était douze en comptant les comédiens". Il poursuit :

Le soir on faisait des brainstorming, un peu comme les groupes de rock font le bilan après un concert [...] on était en immersion totale. Loin de tout avec ce truc assez indien de regarder les nuages, pour voir d'où le vent venait car quand il venait de l'Est il n'y avait plus Internet (rires).

Alter Ego

Âgé de 50 ans, Philippe de son vrai nom, a derrière lui une carrière florissante et un paquet de rôles inoubliables (on retiendra notamment Mammuth et Louise-Michel de Kervern et Délepine). Celui qui préfère se faire appeler Bouli car on l'a beaucoup surnommé "bouboule" est passé maitre dans l'art de l'auto-dérision. Sa personnalité rayonnante a fait que de ses personnages transpire toujours une partie de lui.

Ainsi, il reconnait sans peine plusieurs de ses traits de personnalité chez son personnage un peu bourru imaginé par les frères Malandrin : "On a plein de points communs. Je suis un sanguin, je m'énerve, je monte dans les tours. Ce qui m'a sauvé c'est ma femme, qui m'a permis de me cadrer, d'avoir des responsabilités, de ne pas être uniquement un vieil adolescent, d'assumer des choses".

Pendant sa jeunesse il traine dans des bars avec des groupes de rock et vit un quotidien rempli de fête. "Si j'avais été un guitariste de rock et si je n'avais pas rencontré ma femme, je serai certainement devenu comme Yvan [son personnage]", confie-t-il. Bouli Lanners se rêvait donc rockeur : "C'est la grande frustration de ma vie de ne pas être un guitariste de rock".  Depuis 40 ans, il répète un rôle écrit pour lui :

Ça fait 40 ans que je joue devant mon miroir, je suis le meilleur air guitariste du monde bien avant que ça ne devienne un concept avec un nom, je jouais de la guitare tout seul devant mon miroir et j'étais super bon. Mais je suis super mauvais guitariste. Encore il y a deux ans j'ai essayé de faire un groupe, on a répété trois fois puis on a laissé tomber, je suis trop nul.

Lyes Salem, Bouli Lanners et Wim Willaert dans Je suis mort mais j'ai des amis.

Lyes Salem, Bouli Lanners et Wim Willaert dans Je suis mort mais j'ai des amis.

Si Je suis mort mais j'ai des amis parle bien de rock, le film est surtout centré sur l'amitié qui lie les personnages, et leur façon bien à eux de faire le deuil, avec un côté très festif. Un procédé qui n'est pas inconnu à l'acteur belge :

Quand on a perdu nos premiers potes, les enterrements qu'on faisait c'était un peu de cet ordre-là. On pleurait, bien évidemment parce qu'on perdait quelqu'un puis les premières morts te marquent.

Et en même temps il y avait ce côté où il fallait qu'on fume, il fallait qu'on boive, fallait qu'on mette les morceaux qu'il écoutait. Leur rendre hommage mais à travers un truc un peu rock'n'roll. Ça peut paraitre ridicule mais c'était notre façon à nous de faire le deuil. Et je trouve que l'enterrement que les frères Malandrin ont écrit est très juste par rapport à ce milieu.

Autodidacte

Des "vieux potes", Bouli Lanners en a beaucoup. Notamment des musiciens, avec qui il continue de collaborer au fil des années. Comme sur le film, où ce sont deux de ses amis d'enfance qui ont composé la musique : "Je les connais depuis que j'ai seize ans." Parmi ses amis fidèles, il y a "Gérard", avec lequel il crée au milieu des années 90 un festival de films pas vraiment comme les autres : "Le Festival du film lourd et d'essai" qui deviendra ensuite le "Festival de Kannes" ("car il y a une ville près de Liège qui s'appelle comme ça").

Avec une tendresse non dissimulée, Bouli Lanners se souvient :

On regardait des films d'art et d'essai dans les galeries et on se foutait de la gueule des trucs tellement c'était naze. Donc on s'est dit "faisons le nôtre". C'était un festival de mauvais films. C'est grâce à ça que je suis devenu réalisateur car il nous en manquait pour la programmation. J'ai donc commencé à réaliser mes premiers courts métrages uniquement pour les projeter dans notre festival. 

Pour la déconne, Bouli Lanners s'essaie donc à la réalisation assez tôt. Il crée de toutes pièces l'un de ses premiers courts métrages intitulé Non Wallonie ta culture n'est pas morte, à base de films Super 8 qu'il achète aux puces. "J'ai toujours eu cette passion, j'ai une grande collection de films de famille et je les utilisais pour faire les miens, raconte-t-il. Il n'y avait pas de tournage, donc je ne connaissais pas la grammaire du cinéma. C'était que du montage, je collais avec de la super glue, et une fois que le film était monté, je faisais les voix et on le projetait."

De cette façon, il prend goût à la création et à la réalisation. "Mais si mon copain Gérard, mon vieux pote, qui est le mec qui a fait les musiques de Je suis mort mais j'ai des amis, qui est mon coach bassiste, n'était pas venu me chercher un jour en me disant "on ferait pas le festival dont t'avais parlé ?", je serais jamais devenu réalisateur", insiste Bouli Lanners. "Comme quoi l'amitié, ça reste toujours, et là on se retrouve encore ensemble sur ce projet, 35 ans après s'être rencontré."

Depuis, le Belge aux multiples talents a fait beaucoup de chemin. Des dizaines de films en tant qu'acteur, et désormais quatre derrière la caméra. Pourtant, il confie en riant : "Comme je n'ai pas fait d'école, j'ai toujours ce sentiment d'imposture en tant que réalisateur. Quand j'ai commencé à donner des cours à l'INSAS (Institut Supérieur des Arts), les premières fois je me disais "mais qu'est-ce que je fous là ! J'ai l'impression qu'ils en savent plus que moi, ils vont me démasquer"."

Pour son dernier bébé, il a réuni un casting quatre étoiles, qui compte à son bord Suzanne Clément, l'une des actrices fétiches de Xavier Dolan, ainsi qu'Albert Dupontel, avec lequel les rôles s'inversent (Bouli Lanners a joué dans plusieurs de ses films).

Les premiers, les derniers est, selon le réalisateur, "un western contemporain" dans lequel il révèle avoir mis ses tripes : "Il y a des petits moments drôles, mais c'est lié à tout ce que j'ai vécu, donc c'est plus profond, c'est mon film le plus personnel. Je suis content car je commence à avoir les premiers retours et je suis rassuré, apparemment le film touche énormément les gens. C'est moins drôle mais plus émouvant."

J'aime bien rigoler à mes propres blagues. Tout ce qui est félin et ciné par ailleurs.