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Cannes : El Angel a redonné du pep’s au Festival

Présenté dans la sélection Un certain regard, El Angel retrace l’histoire de Carlitos, impitoyable meurtrier argentin, connu pour son visage angélique. Une explosion de la jeunesse dangereuse.

11 meurtres, une tentative de meurtre, 17 agressions, un viol, une tentative de viol, une agression sexuelle, 2 enlèvements et 2 vols… À cause de cette série de crimes, Carlos Robledo Puch surnommé "l’ange noir" est devenu l’un des criminels les plus emblématiques de l’Argentine. Aujourd’hui, il est à l’image au Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard.

Deux ans après El Marginal, le cinéaste Luis Ortega décide de s’emparer de cette légende diabolique – qui croupit désormais en prison, depuis sa condamnation à perpétuité en 1980. Ici, l’histoire se situe dans les années 1970, avec ses pantalons pattes d’éph', ses cols roulés et ses voitures rétro. L’acteur principal, Lorenzo Ferro (une espèce de Niels Schneider dolanien, version miniature), nous embarque alors dans cette folle histoire populaire.

Lorsque l’on rencontre notre héros, il n’est atteint que d’une sévère cleptomanie. Il commence en effet à vriller du côté obscur lorsqu’il fait la connaissance d’un jeune dans son nouveau lycée, Ramón. Ce complice fascinant est incarné par un inconnu du grand public, et dont la carrière devrait bientôt exploser. Chino Darin, fils de l’acteur Ricardo Darin (qui a d’ailleurs ouvert le Festival de Cannes dans Everybody Knows) et petit ami d’Úrsula Corberó, aka Tokyo dans La Casa de Papel, semble avoir le charme assez féroce pour se faire une place dans le game.

Innovation criminelle

(© UGC)

Le duo était donc l’un des plus glamour du Festival de Cannes. Validés par Pedro Almodóvar et son frère Agustín, qui se retrouvent à la production du film, les deux jeunes parviennent à redonner un peu de pep’s à la Croisette. À l’inverse d’un Lars Von Trier très provocateur et sanglant, Luis Ortega dirige un film pop et léché. Si la part sauvage et mauvaise du jeune voyou est atténuée par un côté glamour et une BO d’enfer, El Angel a le mérite de dépeindre une figure un peu moins connue du monde criminel.

Le genre est assurément très en vogue en ce moment mais le film s’applique à renverser les stéréotypes du serial killer "méchant-moche-né avec le mal en lui", comme les études le décrivaient à l’époque. En ce sens, Lorenzo Ferro qui ressemble d’ailleurs incroyablement au vrai Carlitos joue avec ses expressions naïves, la douceur de ses traits, alors même qu’il appuie sur la détente.

Amoral, El Angel finit par nous faire apprécier ce jeune meurtrier en omettant de retracer, par exemple, les viols et autres agressions sexuelles qu’il a pu commettre. Mais cette impasse est presque pardonnable et les portraits de ces deux lascars resplendissent d’insouciance.

En lice pour la Queer Palm

Derrière ses joyeuseries vintage et en dépit de quelques amourettes fantasmées (les jumelles pour les deux potes et une MILF déterminée), le film explore une homosexualité refoulée entre les deux héros. Lorsque le gros poisson se fit attraper par les autorités, les médias titraient d’ailleurs la nouvelle en évoquant grossièrement "une sexualité ambiguë". Cela est délicatement suggéré dans le film mais El Angel devient tout de même un sérieux concurrent pour La Queer Palm du Festival. Cette sélection parallèle qui fête cette année sa neuvième édition est présidée par la productrice Sylvie Pialat.

Le jury remettra le prix à un des quinze films retenus abordant des thématiques altersexuelles (homosexuelles, bisexuelles ou transsexuels) parmi toutes les sélections confondues. L’an passé, le président du jury, le réalisateur américain Travis Mathews avait remis la Queer Palm du long-métrage à 120 Battements par minute.

Journaliste cinéma. Experte en Timothée Chalamet, Quentin Tarantino et Martin Scorsese.