En écoute : le 9e album de Booba… bien assis sur son "Trône"

20 ans de carrière et toujours au sommet.

 

"Si t'enlèves Élie Yaffa, t'enlèves un roi". Si l’on devait survoler le royaume du Duc, on y verrait : un brouillard épais en ce "Friday" froid, à travers lequel on peut distinguer un "Drapeau noir" ; autour, le peuple, représenté par les fans, de la France au Sénégal ; plus loin, une armée, composée de "113" pirates parmi lesquels Damso, Gato Da Bato, tout le 92i, etc. ; un héritage bien sûr, comptant les morceaux, les albums, et tout ce que le "king de la city" a pu apporter au rap en vingt ans de carrière ; le centre des affaires est en périphérie, avec des bureaux consacrés à des marques de sapes, de whisky ou de parfum ; des Lamborghini sur le parking jouxtant Bercy et la U Arena, bientôt assaillie à son tour ; la monnaie est nommée "izi", un denier que les bouffons du roi – Kaaris, La Fouine, Rohff, etc. – n’ont pas.

Pendant que ces derniers sombrent, artistiquement et personnellement, Booba, lorsqu’il n’est pas assis sur son Trône, reste debout. Avec la main de sa "Petite fille" dans une paume, et dans l’autre son neuvième album (dont la sortie a été avancée à ce 1er décembre 2017).

L’épée du "Centurion" est levée : dans une intro violente et concise, B20 lève la voix. Mais il ne part pas en guerre, et ne revient pas pour autant en paix. Les tracks s’enchaînent, passant d’une très forte caresse introspective comme "Friday", à une grosse gifle : "Drapeau Noir". Surprenant, le morceau "Trône" apaise, touche, fait hérisser les poils.

Les featurings sont rares, fidèles, et performants : Gato fait mijoter son rap kreyol sur "Bouyon", pendant que l’Afrique scande "Ça va aller" dans un morceau de fête déchaînée entre Sidiki Diabaté, Niska et Booba. Quant à Damso, il plie tout simplement l’instru de "113" avec un couplet monstrueux. L’ambiance s’apaise enfin sur "Petite fille", une composition piano-voix qu’Élie Yaffa, qui fêtera ses 41 ans le 9 décembre prochain, dédie à sa fille. "Magnifique". 

Trône – qui se ferme sur les singles bonus "DKR" et "E.L.E.P.H.A.N.T" – est un album où Booba se livre un peu plus, tout en narguant et ignorant le lointain ennemi. Le cœur sensible et le poing serré.

Rédac' chef adjoint & head of music "Keep ya head up"