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Détectives privés, ex-agents secrets : comment Weinstein a tout mis en œuvre pour éviter sa chute

Dans le New Yorker, Ronan Farrow accuse Harvey Weinstein de s’être entouré de détectives privés et d’anciens espions pour réduire ses victimes au silence et discréditer les journalistes en charge du sujet.

(© Raymond Hall/GC Images)

Dans sa dernière enquête, "L’armée d’espions d’Harvey Weinstein", publiée par le New Yorker ce lundi 6 novembre, Ronan Farrow – dont le précédent article avait fini d’achever le producteur – dévoile les moyens colossaux mis en œuvre depuis un an par ce dernier, afin de préserver sa réputation.

Dès l’automne 2016, visiblement inquiété par les possibles répercussions sur sa carrière de son comportement abject envers les femmes, le producteur américain aurait engagé – en plus d’un bataillon d’avocats – plusieurs agences privées de renseignement, initialement connues pour prodiguer des preuves et des conseils stratégiques. Parmi celles-ci, la société américaine Kroll, l’une des plus importantes au monde, et Black Cube, essentiellement composée d’ex-agents du Mossad ou d’agences de renseignement israéliennes.

Parfois engagées par les avocats de Weinstein, elles se sont vues confier une mission peu banale : tout mettre en œuvre pour que les comportements déviants de leur client ne se retrouvent pas dans les colonnes du New York Times et discréditer la parole des futures accusatrices.

Intimidation des victimes

Sous couvert de fausses identités, des agentes secrètes auraient ainsi rencontré plusieurs d’entre elles. Se faisant passer pour des victimes, elles seraient en effet entrées en contact avec des journalistes, afin d’obtenir l’identité de femmes ayant témoigné contre le producteur. Une fois le nom de ces dernières connu, les agents les accostaient en se présentant comme des journalistes travaillant sur l’affaire.

Dans ces circonstances, une agente secrète de Black Cube se serait fait passer pour une militante des droits des femmes, se serait entretenue avec l’actrice Rose McGowan – qui accuse le producteur de viol –, et en aurait profité pour enregistrer la conversation à son insu.

Un cercle vicieux alimenté par des journalistes de presse à scandale, chargés de fournir des informations compromettantes sur les femmes impliquées, dans le but de remettre en cause leur légitimité (comme des photos de Rose McGowan en compagnie de Weinstein à un événement quelques années après l’agression présumée), et d’anciens employés du producteur, mandatés pour passer des coups de fils intimidants aux plus récalcitrantes.

Des journalistes également approchés

Armés de ces nombreuses informations, les avocats de Weinstein pouvaient ainsi abattre leur dernière carte et réduire les femmes au silence à l’aide d’accords de non-divulgation onéreux. Le mannequin italien Ambra Battilana Gutierrez aurait ainsi laissé tous ses appareils de communication à l’agence Kroll, qui se serait chargée d’effacer les preuves accablantes d’agression sexuelle qu’elle détenait contre Weinstein.

Les agences recrutées ont également eu pour mission de fouiller dans la vie des journalistes contactés par les victimes du producteur. Traqués et souvent harcelés, ces derniers faisaient l’objet de centaines de pages d’enquêtes menées par les détectives qui, en possession d’informations souvent d’ordre intime, étaient en position de les dissuader d’exposer les faits.

Mais si Harvey Weinstein a voulu étouffer la vérité, cette dernière, fort heureusement, s’est montrée tenace.