Avec "Doesn’t Matter (Voleur de soleil)", Christine and the Queens précise la couleur de son second album

Un nouveau single fort, grâce auquel la Française explore les notions de désir amoureux et de colère, déjà au cœur de son précédent titre, "Damn, dis-moi (Girlfriend)".

Quatre ans après la sortie de Chaleur humaine, dont le succès, immense, a su retentir bien au-delà des frontières françaises, Héloïse Letissier est de retour. Le 24 mai dernier, la chanteuse de 29 ans se séparait d’une partie de son nom de scène pour devenir "Chris". Un nouveau personnage, aux cheveux courts et aux muscles saillants, présenté pour la première fois à travers le clip de "Damn, dis-moi (Girlfriend)", premier extrait de son second album (dont le nom reste encore tu).

Avec la vidéo de ce titre, chanté à la fois en anglais et en français, l’interprète de "Saint Claude" fait littéralement tomber le costume, dévoilant une musique plus animale et sensuelle, qui souligne avec un peu plus de force son discours queer. En s’y appropriant les figures masculines conçues par nos sociétés patriarcales, et en s’attribuant des émotions largement considérées comme "non-féminines", celle qui s’est longtemps sentie confinée au rang "d’outsider" réaffirmait ainsi son envie, toujours aussi vitale, de briser les barrières du genre.

Six semaines après ce retour en grande pompe, Chris précise aujourd’hui la couleur de son second album en nous offrant "Doesn’t Matter (Voleur de Soleil)". Réalisé par Colin Solal Cardo (connu pour ses collaborations avec Metronomy, Alicia Keys ou encore Jack White), le clip de ce nouveau single, qui s’inspire de l’esthétique du cinéma français des années 1990, braque les projecteurs sur une Chris qui se révèle davantage actrice que chanteuse. Grâce à un jeu alternant entre la joie et la colère, elle explore les notions de rage et de désir, toutes deux au cœur de son prochain disque.

Une performance entre musique, danse et cinéma

Colin Solal Cardo, pour qui ce clip "témoigne, s’il en était besoin, du courage artistique de Chris et de sa détermination à ne suivre aucune règle", raconte :

"Chris est venue vers moi avec une mission en forme de manifeste. Fabriquer ensemble une vidéo qui s’affranchisse des codes du clip, dans une approche brute, radicale et tournée vers le cinéma. S’est alors amorcée une passionnante collaboration faite de longues discussions et d’échanges de références, avec comme marqueur esthétique le jeune cinéma français des années 1990. Et une envie forte de sa part d’être dirigée non plus comme une chanteuse/danseuse, mais comme une actrice.

Plutôt que d’écrire un scénario seul dans mon coin – ce qui est habituellement la norme – j’ai préféré que l’on se retrouve en studio avec Chris et Romain Guillermic pour travailler des exercices de jeu et d’improvisation en plan séquence. C’est à partir de cette riche matière qu’a émergé la structure du film, que l’on a continué à faire évoluer pendant le tournage.

Parce qu’on ne voulait pas prendre le risque de diluer l’émotion, on a gardé ce principe de prises en plan-séquence sur le plateau. Ce choix a provoqué nombre de contraintes techniques, encore complexifiées par notre désir commun avec mon chef opérateur Julien Véron de tourner en pellicule 16 mm. Mais c’était paradoxalement la seule façon de se libérer du carcan d’un storyboard, de garantir une liberté de jeu à Chris, et de rester fidèle à notre souhait d’articuler la mise en scène autour de la performance et pas l’inverse."

De quoi nous faire patienter jusqu’à l’arrivée du nouvel album de l’artiste, le 21 septembre prochain.

CHRIS : ALBUM 21 SEPT 2018

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Journaliste indépendante basée à Paris. Musique, mode et tatouage, principalement.