Chance the Rapper monte au créneau pour l’indépendance des jeunes artistes

Signé sur aucun label, Chance the Rapper est un exemple de succès indépendant. Alors quand un média qualifie son parcours de "non réaliste", l’artiste réplique.

(© Facebook Chance the Rapper)

Le 26 décembre dernier, l’émission "Everyday struggle" du magazine américain Complex est revenu avec Carl Chery, directeur de la curation artistique chez Apple Music, sur le parcours assez unique de Chance The Rapper. Pour Chery, loin d’être anodin, le succès en indépendant de l’artiste constitue une véritable "anomalie" difficile à reproduire. Il explique :

"Son succès est trompeur. Maintenant, tu as tous ces autres nouveaux artistes qui pensent qu’ils n’ont pas besoin de label. Chance est spécial. Il est charismatique, il est malin. Il est juste spécial."

Par la suite, le média américain DJ Booth a publié un article soutenant le point de vue de Carl Chery. Pour son auteur, le succès de Chance est même loin d’être un modèle "réaliste" pour la plupart des jeunes artistes qui souhaitent suivre son exemple. Le principal intéressé n’a pas attendu bien longtemps pour réagir sur son compte Twitter et affirmer son désaccord. Pour lui le succès peut rimer avec indépendance et la démarche qui consiste à enfermer les artistes dans des contrats avec des labels est loin d’être la meilleure et unique option.

Chance the Rapper : "C’est nul. Vous continuez de dire aux gens qu’ils ont besoin d’un label/éditeur/distributeur pour avoir du succès en tant qu’artiste. C’est un mensonge."

DJ Booth : "Chance, Carl n’a pas dit cela et nous n’avons pas écrit ça."

Chance : "Il doit être autorisé à parler de l’indépendance des artistes sachant que le niveau de succès qu’il a atteint n’est pas réaliste pour tout le monde."

Chance : "C’est tiré de votre article, et ce n’est pas vrai."

DJ Booth : "Nous n’avons pas écrit que c’était impossible mais irréaliste. Et c’est vrai. Car si c’était réaliste, il y aurait plus d’artistes qui auraient fait ce que tu as fait de manière indépendante ; mais il n’y en a pas."

Chance : "C’est seulement irréaliste à cause du conditionnement auquel sont soumis les artistes par les différents médias qui fabriquent le récit qui vous fait croire que vous avez besoin d’être découvert pour avoir du succès."

"Aussi soyez patient, tous vos artistes préférés sont enfermés dans des deals et jusqu’à ce qu’ils en sortent, vous ne verrez pas la réalisation de leur potentiel."

DJ Booth : "Cela ne change pas le fait que peu d’artistes indépendants peuvent suivre votre chemin et s’attendre à atteindre le niveau de succès que vous avez accompli. Ce serait fou. Comme Carl le disait, et nous avons écrit sur vous avant, un artiste doit avoir 'quelque chose'."

Chance the Rapper : "TOUS LES ARTISTES ONT 'QUELQUE CHOSE'. Si 'quelque chose' veut dire l’accès et la capacité à avoir du succès (supposons que son succès est individuel à l’artiste) tout en conservant les revenus de la pub et les royalties des apparitions dans des médias, avec la surveillance des indicateurs, ILS L’ONT TOUS."

Chance the Rapper, un succès indépendant

Depuis le début de sa carrière initiée en 2012, Chance the Rapper a suivi la route de l’indépendance en choisissant notamment, de distribuer sa musique de manière gratuite uniquement via les formats mitxapes. Et quand son deuxième projet, Acid Rap, s’est vu distribué sur les plateformes de téléchargement payant que sont iTunes et Amazon, le rappeur, dont les représentants affirment qu’il n’était en aucun cas au courant, a fait retirer les versions digitales de ces plateformes.

Autre information importante, Chance the Rapper ne dépend d’aucun label. Ce n’est pourtant pas faute de lui avoir proposé. En 2016, GOOD Music, le label de Kanye West lui propose notamment un contrat. Malgré la tentation, signer au sein d’une maison de disques ne fait pas partie de ses ambitions. Au magazine Rolling Stone, il expliquait déjà en 2013 : “Il n’y a aucune raison de signer avec un label. C’est une industrie morte. Qu’est-ce qu’un album de nos jours de toute manière ? Parce que je ne l’ai pas vendu, cela veut dire qu’il n’est pas officiel ?"

Pour Chance, les labels sont donc loin d’être indispensables, les plateformes comme SoundCloud devenant des tremplins plus décisifs pour les jeunes artistes qui se rémunèrent par la suite sur les tournées et les différents contrats avec les marques. Ainsi, quand la plateforme musicale SoundCloud s’est avérée proche de la faillite et dans l’obligation de se séparer d’une grande partie de ses employés, Chance s’est empressé d’échanger avec son directeur général Alex Ljung annonçant sur Twitter que SoundCloud allait perdurer. Pour soutenir la plateforme, ce dernier est même allé jusqu’à lui offrir l’exclusivité de son titre "Big B’s" en featuring avec Young Thug.

Pour certains, l’indépendance de Chance trouve ses limites dans les récents accords que ce dernier a passé avec Apple Music. Moyennant la coquette somme d’un demi-million de dollars, la mixtape Coloring Book, qui a été le premier projet uniquement streaming à recevoir une nomination et un prix au Grammy Awards, s’est retrouvée en exclusivité streaming pendant deux semaines sur Apple Music. Pour Chance, qui l’a ensuite mise à disposition gratuitement sur SoundCloud, il ne s’agissait que du prix de l’indépendance. Tant que le contrôle sur le produit demeure, il faut saisir les opportunités qu’offre la guerre du streaming.