Pour Bono, la musique serait devenue "girly"

Le leader de U2 a aussi expliqué qu’à l’heure actuelle seul le hip-hop permettait aux hommes d’exprimer leur colère.

Bono lors d’un concert au Tennessee, en juin dernier. (© C. Flanigan/WireImage)

Dans une longue interview accordée au magazine américain Rolling Stone, Bono, le leader très médiatique du groupe U2, s’est épanché sur divers sujets. Après avoir abordé les thèmes de son engagement humanitaire et de l’écologie, l’artiste a donné son point de vue très réac sur l’industrie musicale. En effet, pour celui qui nous avait déjà causé pas mal de tort en inondant les iPhone de son album Songs of Innocence, la musique serait devenue trop "girly".

Invité à s’exprimer sur la musique contemporaine, Bono commence par raconter que ce sont ses enfants qui lui permettent de découvrir de nouveaux artistes, expliquant par la suite que l’un de ses fils croit vivement en une "révolution rock’n’roll" imminente. Or, quand on lui demande ce qu’il pense de cette potentielle révolution, l’artiste défend une tout autre vision :

"Je pense que la musique est devenue très girly. Il y a de côtés positifs à cela, mais le hip-hop est le seul endroit où la colère des jeunes hommes peut s’exprimer en ce moment – et ce n’est pas bien. Quand j’avais 16 ans, j’avais beaucoup de colère en moi.

Tu as besoin de trouver un endroit pour ça et pour les guitares, que ce soit avec une boîte à rythme, je m’en fiche. À partir du moment où quelque chose devient conservé, c’est foutu. Tu peux aussi bien le mettre dans du formol. Au final, qu’est-ce que le rock’n’roll ? C’est une affaire de rage. Beaucoup de groupes de rock’n’roll en avaient, ce qui explique pourquoi les Who étaient un grand groupe. Ou Pearl Jam. Eddie [Vedder] avait la rage."

À l’heure où les femmes tentent de faire entendre leurs voix dans des industries où elles sont vivement discriminées, le discours de Bono qui qualifie la musique actuelle en termes de genre associant le féminin à une démarche artistique dénuée d’émotions brutes est aussi sexiste que désuet.

Le constat est le même concernant sa vision du hip-hop, qui se retrouve à nouveau ici associé à la question de la virilité. Cette image est pourtant en voie d’être dépassée par une nouvelle génération d’artistes qui transcendent les conceptions du genre et les divers styles musicaux – ce que semble incapable de faire le chanteur.