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Blueprint : un cri sourd contre les violences policières

Présenté en avant-première mondiale à la 43e édition du Festival du cinéma américain de Deauville ce 6 septembre, Blueprint épingle avec sincérité les violences subies par la communauté noire de l’autre côté de l’Atlantique.

(© Mister Lister Films)

Décidément, l’édition 2017 du festival de Deauville continue d’ausculter le corps agonisant d’une Amérique dans l’impasse, accidentée, à la renverse. De Gook à Beach Rats, en passant par Ingrid Goes West, la notion d’identité contrariée siège en effet dans les préoccupations de nombreux cinéastes, lesquels n’hésitent pas à mettre leurs personnages aux prises avec le déracinement, l’exclusion, la peur ou l’addiction aux réseaux sociaux. Pour Daryl Wein, 34 ans, ce sont les questions raciales qui l’inquiètent. Le titre de son troisième long-métrage, Blueprint, n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard. En anglais, il signifie "plan". Ou "mode d’emploi". Comment faire quand les murs se rapprochent ? Comment se relever quand l’espoir prend la poudre d’escampette ? Comment penser un meilleur demain quand la société se craquelle sous nos pieds ?

Le héros du récit plonge dans ces interrogations sociétales et existentielles après que son ami d’enfance a été tué par des flics dans un quartier défavorisé de Chicago. "Nous voulions passer à l’acte et ne plus nous contenter de discuter", ont lancé le comédien Jerod Haynes et le cinéaste Daryl Wein devant le public deauvillais, qui découvrait ce mercredi matin leur opus en avant-première mondiale. Blueprint, qui règle ses pas sur ceux de Fruitvale Station, est un acte citoyen, un prolongement clair du mouvement Black Lives Matter, né en 2012 après la parution du hashtag homonyme sur Twitter. Souvenez-vous : cette année-là, George Zimmerman, un Latino-Américain, est acquitté après avoir tué Trayvon Martin, un adolescent noir, en Floride. Excédés par le racisme systémique, le profilage racial et les violences policières, de nombreux Américains font alors entendre leurs voix.

Celle du réalisateur Daryl Wein s’ajoute ainsi à la contestation grandissante, dans une nation toujours plus fragilisée par les querelles identitaires, comme l’ont notamment prouvé les événements de Charlottesville il y a quelques semaines. Mais ici, le cri est sourd. Il est interne et intime. Au lieu de saisir le pouls de la colère générale, le scénario s’intéresse davantage à l’intime, aux répercussions psychologiques qui vont s’abattre sur Jerod. De tous les plans, le jeune homme, qui élève seul sa fille chez sa propre mère et enchaîne les emplois précaires, est de tous les plans. Il erre dans les rues de son quartier, papote avec ses potes pour comprendre, joue au basket avec le fantôme de son ami dans une nuit sans étoiles. Il boit pour oublier le défunt, pour échapper à un futur en cul-de-sac avant de prôner finalement l’inaliénable notion d’amour.

Blueprint favorise ainsi la réflexion sur le vivre-ensemble, sur la construction d’un avenir pensé et pansé, plutôt que de privilégier la vengeance aveugle et le déchaînement de(s) passion(s). La démarche est fragile, pâtissant de son manque extrême de moyens, et le résultat non exempt de défauts. Il n’empêche que Wein réussit à saisir ces instants infinitésimaux, ces petits riens du quotidien qui donnent naissance aux trajectoires constructives. À noter que l’ensemble des personnages portent les mêmes prénoms que les acteurs qui les campent. "Tous ont travaillé avec le cœur pour donner le meilleur d’eux-mêmes", assure le réalisateur, avant de rendre hommage à l’un de ses comédiens, Curtis Posey, tué par balles peu après le tournage. Blueprint ne changera probablement pas la donne, mais son approche, intéressante, évite le sensationnalisme pour immortaliser les dommages invisibles de ces (trop) fréquents coups de feu.