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Ce qui se passe à Cannes ne restera pas à Cannes. Au coeur de la Sélection Officielle et de la Quinzaine des Réalisateurs avec Konbini.

Avec Blade of the Immortal, Takashi Miike s'impose en samouraï sur la Croisette

Humour, violence et combats de sabres sont au menu de la nouvelle réalisation du cinéaste japonais : un bon cru !

C’est l’un des cinéastes les plus prolifiques du moment. À 56 ans, le Japonais Takashi Miike, probablement terrifié par le vide et le syndrome de la page blanche, continue de brûler la chandelle par les deux bouts, tournant avidement, impétueusement, de manière quasi stakhanoviste. Blade of the Immortal, adapté du manga L'Habitant de l'infini de Hiroaki Samura – publié entre 1993 et 2012 –, marque en effet sa 100e réalisation, si l’on compte ses direct-to-video et autres téléfilms. Cent ! Et pour fêter ce chiffre enviable, le papa du traumatisant Audition a fait battre son talent à plein régime, donnant à son ambition tous les moyens possibles.

Présenté hors compétition à Cannes, ce nouveau long-métrage, dont la date de sortie française n’a pas encore été annoncée, déroule sa trame ébouriffante au temps du shogunat Tokugawa – la dynastie qui a dirigé le pays du Soleil-Levant de 1603 à 1867. C’est dans ce contexte historique que Manji (Takuya Kimura), un valeureux samouraï, voit sa sœur se faire littéralement trucider sous ses yeux. Dans sa rage vengeresse et désespérée, l’intéressé s’en prend illico aux meurtriers, faisant hurler son sabre, avant de succomber à ses blessures. Pis : il subit une double peine, héritant d’une encombrante immortalité qu’il ne peut conjurer qu’en tuant 1 000 hommes.

Pour ce bagarreur chevronné, à la croisée d’un héros Marvel sous acide et d’un chevalier du Zodiaque hirsute, la tâche s’annonce ardue. Pour autant, il ne se précipite pas, range son arme, tente de reposer son âme morne… Cinquante ans de solitude et de spleen, liés à son fardeau d’immortel, s’abattent sur lui avant qu’une nouvelle cause trouve grâce à ses yeux éteints. Quand la jeune et beuglante Rin Asano (Hana Sugisaki) – sa voix stridente va vous refiler des otites – l’appelle à la rescousse, la tentation est trop grande : il entrevoit en elle le fantôme de sa sœur et accepte sans grande peine de pourchasser ceux qui ont tué son papa.

Du sang et du métal

À partir de cet instant précis, le brave Manji ne connaît plus le repos. Au fil d’un récit survolté, de bons vieux méchants vont tenter de lui barrer la route, rivalisant de prouesses mécaniques et de gestes techniques. Mais qu’il soit éventré, énucléé, dépecé ou découpé, le samouraï renaît de ses cendres comme le plus opiniâtre des phénix, grâce à un gène mutant qui répare ses blessures. Exalté, Takashi Miike profite à 200 % de son combattant bigger than life pour s’adonner à tous les excès. Ses combats, pas toujours lisibles, s’apparentent à d’enthousiasmantes explosions cacophoniques, faites de cris et de bruits d’os brisés. Il y a dans les gestes et les contours de chaque personnage une générosité désarmante, qui participe dans le charme de l’entreprise.

Car si l’ensemble s’avère en effet beaucoup trop long – 2 h 20 tout de même – et souvent répétitif, la folie et l’énergie que le cinéaste insuffle à chacune de ses séquences permettent au spectateur de tenir la distance et de fermer les yeux face aux quelques maladresses de montage qui demeurent çà et là. Au final, la mission du divertissement mainstream de qualité est carrément accomplie. On peut remercier Miike d’être un junkie de son art – qu’il façonne avec passion et une sacrée dose d’humour. Un humour tout aussi cinglant que les armes sophistiquées et tranchantes de ses personnages.