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Crystal Castles : la chanteuse Alice Glass accuse Ethan Kath de viol

Dans un texte fort, l’ex-chanteuse de Crystal Castles accuse le cofondateur du groupe.

L’information est tombée comme un couperet. Alors que l’affaire Weinstein continue d’être alimentée par des déclarations, accusations et reconnaissance des rumeurs, Alice Glass, cofondatrice et ancienne chanteuse de Crystal Castles, a décidé de prendre la parole.

Dans une note diffusée sur son site personnel, elle explique les raisons de son départ, détaillant les agressions qu’elle a subies de la part d’Ethan Kath (de son vrai nom Claudio Palmieri), deuxième moitié du groupe. Elle explique ainsi, en ouverture, qu’elle a décidé de prendre la parole après avoir entendu les "courageuses femmes" ayant réagi aux affaires de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles ayant fait la une ces dernières semaines.

Elle écrit ainsi :

"Certains d’entre vous savent peut-être que je me suis déjà exprimée sur les abus que j’ai subis dans le passé. Je suis restée très prudente sur les informations que j’ai partagées, et je n’ai pas donné de noms, parce que j’avais peur. Cela m’a valu d’être menacée et harcelée, on m’a intimidé pour me faire taire.

L’élan qui a récemment été lancé par beaucoup de femmes courageuses qui ont pris la parole pour raconter leurs histoires m’a encouragé à enfin être plus directe, quel que soit le prix à payer. Je le fais aujourd'hui pour guérir, mais aussi pour toutes les femmes qui ont été, sont actuellement, ou pourraient se retrouver dans la même situation avec l’homme qui a abusé de moi pendant des années, et pour celles qui sont dans des relations abusives et qui veulent se défendre et parler.

J’ai rencontré Ethan Kath (Claudio Palmieri) quand j’étais à la fin du collège. La première fois qu’il a abusé de moi, j’avais environ 15 ans. Il en avait 10 de plus. J’ai atterris à l’arrière de sa voiture alors que j'étais ivre (du fait des verres qu’il m’avait fait boire cette nuit là). Nous n’avons pas échangé pendant plusieurs mois suite à cela. Il a fait beaucoup d’efforts pour me retrouver, il m’a suivi et me cherchait en passant devant mon lycée.

Il m’a traqué et a commencé à apparaître dans des endroits où je trainais. Au bout d’un moment nous avons de nouveau échangé. J’étais très jeune et naïve et à un moment charnière de ma vie. Je le voyais comme une star locale parce que j’avais vu son groupe de rock, Kill Cheerleader, à la télévision. Beaucoup de mes amies de la scène punk avaient aussi été abusées par des hommes plus âgés, ce qui avait normalisé cette situation à mes yeux.

Claudio était très manipulateur avec moi. Il a su trouver mes failles et les a exploitées : il utilisait contre moi ce qu’il apprenait sur moi. Pendant plusieurs mois, il m’a donné de la drogue et de l’alcool, et nous avions des relations sexuelles à la suite desquelles il m’abandonnait dans une chambre d’un appartement qu’il avait trouvé. Le sexe n’était pas toujours consenti, et lui restait sobre quand nous étions ensemble.

Quand j’avais 16 ou 17 ans, il m’a donné un CD de morceaux et il m’a demandé d’écrire des paroles et de les chanter. Je suis rentré chez moi et je me suis exécuté. Nous avons enregistré les chansons que j’aimais. Mais même dans le cadre de la musique, il créait un environnement toxique, où je me sentais obligée de me plier à ses volontés. Pendant que nous enregistrions notre premier EP, l’ingénieur du son m’a harcelé sexuellement.

Claudio m’a ri au nez et m’a intimé de faire comme si de rien n’était. Il a appelé notre premier single "Alice Practice" et a dit que mes parties chantées étaient des tests de micro. Il a concocté cette histoire et a dit à la presse que c’était un enregistrement accidentel, effaçant consciemment mon rôle dans le processus de création. Une autre façon de me rabaisser et de profiter de mes doutes.

Peu de temps après, on nous a invités à faire une tournée au Royaume-Uni. J’étais émerveillée par la vitesse à laquelle les choses avançaient pour nous, et Claudio m’a convaincu d’arrêter le lycée, à quelques mois seulement du diplôme (qui équivaut au baccalauréat, ndlr). Alors que nous commencions à être connus, il a commencé à abuser de manière systématique de ma fragilité, en contrôlant mon comportement : mon alimentation, les gens à qui j’avais le droit de parler ou pas, les endroits où j’avais le droit d’aller, ce que je devais dire en public, ce que j’avais le droit de porter. Il m’empêchait de donner des interviews ou de me faire photographier à moins qu’il ne contrôle la situation. Notre groupe, Crystal Castles, était de plus en plus célèbre, mais il avait le sentiment de ne pas recevoir toute l’attention qu’il méritait.

Il a commencé à m’abuser physiquement. Une fois, il m'a tenu au dessus d’une cage d’escalier et m'a menacé de m’y jeter. Il me portait au dessus de ses épaules et me jetait sur le béton. Il prenait des photos de mes bleus et les postait sur Internet. J’ai essayé de partir, et il a juré qu’il ne recommencerait jamais, qu’il ne lèverait plus la main sur moi. Les violences psychologiques et émotionnelles ont été plus loin.

Il contrôlait tout ce que je faisais. Je n’avais pas le droit d’avoir mon propre téléphone ou ma carte de crédit, il décidait qui pouvaient être mes amis, lisait mes mails perso, diminuait mon accès aux réseaux sociaux, régulait tout ce que je mangeais. Il me criait dessus, me disant que j’étais une blague, que toutes les personnes qui venaient aux concerts étaient seulement intéressées par ses morceaux et que je ruinais le groupe. Il a cassé les portes d’une douche pour me faire peur, il m’a enfermée dans des chambres.

Il m’a affirmé que mon féminisme avait fait de moi une cible pour les violeurs et que lui seul pouvait m’en protéger. Il m’a forcée à coucher avec lui ou bien sinon, comme il disait, je ne pourrai plus être dans le groupe.

J’étais misérable et mes paroles parlaient indirectement de ma douleur et de l’oppression que je subissais. Mais comme c’est souvent le cas dans une relation abusive, sa cruauté était souvent suivie de gentillesse. Il parvenait très bien a réserver ses comportements abusifs à nos moments en tête à tête. Il était parfois charmant, très protecteur, et plus que tout, j’aimais le groupe que nous formions.

Mais il m’a beaucoup répété que j’étais interchangeable. Il m’a même dit qu’il cherchait quelqu’un pour me remplacer. Il me maintenait dans le doute, au bord du gouffre, avant de me dire que j’étais la seule au monde et qu’il croyait en moi. Il m’a dit que c’était nous contre le reste du monde, parce que tout le monde pensait que j’étais une perdante, une blague, un clown dansant dépourvu de talent. Je l’ai cru. J’étais suicidaire pendant des années.

Quitter Crystal Castles a été la décision la plus difficile à prendre de ma vie. Le groupe était tout pour moi. Ma musique, mes concerts et mes fans étaient tout ce que j’avais. J’ai abandonné tout ça et tout recommencé à zéro. Pas parce que je le voulais. Parce que je le devais. Aussi difficile que cela ait été, je savais que partir était la meilleure décision. Ça m’a pris des années pour me remettre de presque 10 ans d’abus, de manipulation et de contrôle psychologique. Je suis toujours en rémission".

La réaction d’Ethan Kath n’a pas tardé. Le cofondateur de Crystal Castles a ainsi envoyé une réponse à Pitchfork via son avocat :

"Je suis outragé et blessé par les récentes déclarations d’Alice à mon égard et à propos de notre relation. Son histoire est de la pure fiction et je suis en train de consulter mes avocats. Heureusement, il existe beaucoup de témoins qui peuvent et pourront confirmer que je n’ai jamais abusé d’Alice."

"Je suis sortie d’une relation violente"

Le départ d’Alice Glass du duo remonte au mois d’octobre 2014. À cette époque, la chanteuse écrivait sur sa page Facebook :

"Je quitte Crystal Castles. Mon art et mon expression personnelle dans toutes ses formes ont toujours été empreints de sincérité, d’honnêteté et d’empathie pour les autres. Pour plusieurs raisons, à la fois professionnelles et personnelles, je ne pense pas que ce soit encore possible de continuer avec Crystal Castles".

Le 17 juillet 2015, de retour avec un nouveau morceau en solo, la chanteuse précisait les raisons de son départ, sans jamais nommer Ethan Kath :

"Il y a quelques années, je suis sortie d’une relation violente qui avait commencé lors de mon adolescence. J’étais systématiquement coupée de tous ceux dont je pouvais être proche. J’étais prise de haut, il me hurlait dessus, j’étais enfermée, critiquée quotidiennement à propos de mes capacités, mon poids, mon apparence, mon intelligence et tout ce que je faisais. Lorsque je n’en pouvais plus et que je voulais que cette relation se finisse, j’étais menacée puis il me disait que j’étais aimée. Le cycle commençait ainsi, à nouveau.

Je veux que les jeunes femmes et hommes comprennent que ce genre de comportement peut arriver là où il est le moins attendu. Même dans les endroits qui bouillonnent de créativité et d’ouverture d’esprit, là où l’on prône les idéaux artistiques et la contre-culture. Parfois, ces gens utilisent ces choses pour se cacher et cacher leurs abus. Ainsi, personne ne se rend compte que c’est en train de se passer sous leurs yeux.

Depuis que j’ai échappé à cette situation, j’ai gagné en clarté et ouvert ma vie d’une façon que je pensais jusqu’alors impossible. Bien que la colère et la douleur subsistent encore, j’ai enfin l’impression que ma vie a de la valeur et un sens. Je parle maintenant car j’espère encourager d’autres jeunes femmes et hommes à affirmer leur valeur dans leur relation ou à partir. La violence n’est pas toujours évidente et n’implique pas nécessairement des yeux au beurre noir, du sang et des os fracturés. La violence émotionnelle et psychologique peut être tout aussi dévastatrice et est très dure à échapper.

Ceux qui m’ont connue au cours de ma carrière seront surpris d’entendre que quelqu’un ayant l’air si courageux et qui ne se laisse pas impressionner par qui que ce soit en public puisse être sévèrement malmené dans la vie privée, et ce par l’un de ses proches. Cette personne m’a pris ma vie. Pendant des années, j’ai cru qu’il attendait que ma vie se termine."

Témoignage d'Alice Glass daté du 24 octobre traduit de l'anglais par Sophie Janinet 

Journaliste culture depuis 1956. Musique, cinéma et un peu de photographie.