Les 10 héroïnes les plus badass du septième art

Badass un jour, badass toujours.

1. Jackie dans Jackie Brown

Le féminisme dans les films de Quentin Tarantino a toujours été un sujet clivant. En revanche, malgré son goût pour la violence démesurée, on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas offrir aux femmes des rôles badass mémorables.

Dans Jackie Brown, il remet sur le devant de la scène Pam Grier, sa muse, une icône du féminisme noire dans films de blaxploitation des années 1970’s. L’actrice est encore considérée comme l’une des premières héroïnes spécialisée dans les films d’action.

Dans ce rôle d’hôtesse de l’air, elle se distingue des autres femmes, souvent peu ambitieuses et inutiles. C’est une femme complète, sensuelle et intelligente qui ne cherche pas à se comporter comme un homme, pour leur tenir tête. Samuel L. Jackson finit même dans son ombre.

Pour combler son salaire miteux, elle fait passer de l’argent entre les frontières pour un trafiquant d’armes jusqu’au jour où elle se fait attraper par deux policiers, l’obligeant à coopérer et livrer le délinquant. Consciente de son charme, Jackie Brown excellera dans l’art de la manipulation et parviendra, dans un joyeux final, à s’enfuir avec le butin en trompant tout son entourage.

2. Mulan

En 1998, Mulan secoue l’image rose-paillette des héroïnes stéréotypées des précédentes productions Disney. L’héroïne n’hésite pas, pour honorer son père affaibli et son peuple, à se travestir en homme et à combattre sur le front, avec son complice Mushu pour animal de compagnie.

La jeune Mulan est courageuse, déterminée, agile et devient, à l’époque, une figure progressiste nécessaire pour que les petites filles lâchent leur Barbie.

20 ans plus tard, Hollywood parle aujourd’hui d’une nouvelle adaptation en live-action, avec dans le rôle-titre, une jeune actrice d’origine chinoise, afin de rester fidèle à la légende originale. Preuve que la guerrière mythique et badass de notre enfance reste un modèle pour le cinéma et que la place des femmes dans la société est toujours une histoire à raconter.

3. Lupita Nyong’o dans Black Panther

Ces dernières semaines, l’éblouissant Black Panther a replacé l’Afrique au cœur du cinéma. Au-delà d’une valorisation culturelle inédite à Hollywood, il faut aussi accorder une lecture féministe à la nouvelle production Marvel.

De Okoye, la générale des Dora Milaje à Shuri, la petite sœur de Black Panther, en passant par Nakia, la guerrière généreuse et indépendante, le film véhicule des images de femmes fortes, à peine effrayées à l’idée de se lancer dans une course-poursuite sur une autoroute en Corée du Sud. Une situation que n’importe quelle personne normalement constituée jugerait suicidaire.

Nakia, jouée par Lupita Nyong’o, est l’exemple le plus pertinent du film. On choisit de mettre en avant son caractère héroïque, quitte à ce qu’elle dégage une certaine froideur. Qu’elle fonce dans le tas de soldats ou qu’elle défende une poignée de femmes brimées fait que son personnage est loin, très loin des princesses en détresse dont nous a longtemps abreuvé une célèbre maison aux grandes oreilles.

4. Amy dans Gone Girl

Dans Gone Girl (2014) de David Fincher, Amy (Rosamund Pike) vient d’une famille new yorkaise aisée. Amy est connue pour être "The Amazing Amy", un personnage de bande dessinée qui s’inspire de sa réalité pour mieux l’enjoliver. Amy possède donc un alter ego pour lequel tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

À la demande de ses parents, lors d’une rencontre avec des fans, Amy doit tout faire pour ressembler à la chère petite blonde reproduite sur la première couverture de ses histoires. Avant même de se marier à Nick (Ben Affleck), elle est déjà enfermée dans un rôle. Avant d’être une femme, elle est un personnage ancré dans la conscience populaire comme proche de la perfection.

La suite de sa vie va légèrement infirmer le chemin pris par son alter ego imaginaire : elle se marie, oui, mais Nick devient un "homme au foyer" qui trompe sa femme avec une de ses étudiantes. Et si David Fincher, en explosant la cellule familiale fantasmée s’en prenait justement au parfait portrait puritain de la femme ?

La deuxième partie du Gone Girl est éloquente à ce sujet : Amy jette les stylos qui ont dessiné son alter ego fantasmé pour mieux se transformer. En quelques minutes à l’écran, Amy change de classe sociale, boit de la bière, achète une vieille voiture, dégote une arme, planque son argent sous sa robe et n’oublie pas de jouer la femme battue. Oui, l’idée d’Amy est de passer inaperçu alors qu’une partie du pays est à sa recherche. Mais derrière ces détails anodins, on peut y voir la libération d’une femme.

Son monologue qui vient tuer la "cool girl" socialement construite, résume parfaitement cela :

Si ses intentions sont moralement peu louables, il n’en reste pas moins qu’Amy déconstruit l’image d’Épinal de la "femme parfaite" à l’américaine, belle, aisée mais coincée dans les méandres d’un quartier résidentiel ordinaire. En ce sens, le personnage adapté à l’écran par David Fincher, tiré du roman Les Apparences de Gillian Flynn, est dramatiquement badass.

5. Mercredi Addams dans La Famille Addams

Pas besoin d’en faire des tonnes en ce qui concerne Mercredi dans La Famille Addams (1991) incarnée par Christina Ricci. Une compilation de ses meilleures répliques cyniques et morbides fait parfaitement l’affaire :

6. Princesse Mononoké

Hayao Miyazaki a toujours accordé une place importante aux femmes dans ses récits. Mais c’est bien dans Princesse Mononoke, sorti en 1997, que le féminisme des studios Ghibli est le plus incarné. En cause, la figure de San.

Abandonnée par ses parents alors qu’elle est toute jeune et élevée par des loups, la jeune femme à la loyauté sans faille ne semble avoir peur de rien, ni de mourir, ni de tuer. On la découvre dans une scène d’exposition brute, aspirant le sang d’un loup géant blessé.

Son aspect sauvage, lorsqu’on la voit à dos de son loup géant, perdure tout au long du film, même quand le prince Ashitaka est censé ramener chez elle petit à petit son humanité. Par ailleurs, on comprend bien qu’elle n’a pas spécialement besoin de lui et le sauve plus d’une fois. Et pour une fois, la princesse n’épouse pas le prince à la fin. Parfait de bout en bout.

7. Furiosa dans Mad Max

Si le dernier Mad Max a impressionné par sa quantité industrielle de scènes d’action s’enchaînant à un rythme frénétique, ce n’est pas la seule raison pour laquelle ce blockbuster se démarque. Mad Max : Fury Road aurait très bien pu s’appeler « Furiosa » tant le personnage campé par Charlize Theron est important dans le récit, et dans l’histoire du cinéma.

En s’imposant comme l’un des meilleurs sujets du tyran, Immortal Joe, cette dernière se rebelle en lui volant ses cinq femmes et en s’opposant à lui comme personne n’a osé le faire jusque-là avec une détermination de fer. Sans parler de sa conduite frénétique et de sa capacité à tirer parfaitement — même avec un avant-bras en moins. La définition de la badassitude au XXIe siècle, littéralement.

8. Elle Woods dans La revanche d’une blonde

Ne se sentant exister qu’à travers les yeux de l’homme qu’elle (croit) aime(r), la pourtant charismatique Elle Woods se voit forcée de trouver un sens à son existence matérialiste le jour où ce dernier décide de mettre un terme à leur idylle, obligé selon lui, de par ses ambitions dévorantes, "d’épouser une Jackie et non une Marilyn".

D’abord lancée corps et âme dans une quête qui ferait trembler le féminisme (lui prouver qu’elle est digne de lui) et qui l’amène - pour le reconquérir - jusqu’aux bancs prestigieux de l’école de droit de Harvard, l’héroïne réalise finalement que son avenir ne dépend pas de la stature d’un futur mari misogyne.

Sans jamais renoncer à sa brillante personnalité, elle s’émancipe ainsi - avec détermination et bienveillance - d’un regard masculin impérieux.

Chihuahua sous le bras, Reese Witherspoon était bien parée pour incarner l’énième cruche de service dans La revanche d’une blonde, obsédée par la couleur rose et les sorties au salon de beauté. Mais, surprise, le film de Robert Luketic se joue des clichés et choisit plutôt de célébrer une solidarité féminine trop rarement dépeinte et délivrer un message intemporel : non, la féminité - même portée à son paroxysme - n’est pas l’anti-féminisme.

9. Cherry dans Planète Terreur

Ne jamais venir faire chier Cherry Darling. Dans Planète Terreur (2007) de Robert Rodriguez, Rose McGowan incarne à la perfection la femme badass qui jamais ne baissera les bras, qu’elle ait une armée de zombies en face d’elle ou une jambe en moins, transformée en énorme gun pour l’occasion.

En résulte cette scène désormais culte qui la voit écrabouiller une flopée de militaires américain :

Le personnage de Cherry Darling joué par Rose McGowan est encore plus fort lorsqu’on sait que l’actrice a été choisie et appuyée par Robert Rodriguez pour… se venger d’Harvey Weinstein. Blacklistée des tournages financés par l’entreprise américaine, le cinéaste réussit à l’imposer au producteur américain en passant par Dimension Films, une filiale de la Weinstein Company gérée par son frère, Robert Weinstein.

Le réalisateur précisa alors à Variety :

"Même après douze ans, je n’oublie pas que j’étais assis à côté de Rose à cette soirée et que j’ai immédiatement eu envie de créer une héroïne badass qui perd sa jambe, avant qu’elle ne devienne une super-héroïne qui répare les injustices, combat l’adversité, fauche les violeurs, et survit à une apocalypse pour conduire les égarés et les fatigués vers une terre d’espoir. […]

J’admets que cela m’a fait du bien à ce moment de comprendre que l’on pouvait utiliser notre art pour aider Rose à réparer une terrible injustice : à la fois dans cette façon dont il l’a persécutée pendant des années, mais aussi dans cette volonté de tenir une actrice talentueuse à distance de son travail et des réalisateurs qui auraient voulu travailler avec elle".

Et de conclure : "À l’époque, c’était la seule chose que l’on pouvait faire".

10. Ripley dans Alien

1979 : Ridley Scott offre aux cinéphiles du monde entier le premier film de SF portée par une femme. Certains iront même jusqu’à dire la première vraie badass du cinéma. Le personnage d’Ellen Ripley est l’un des plus importants de l’histoire du septième art, pour bien des raisons.

Dans le premier volet, elle est le protagoniste qui incarne la raison, celle qui comprend tout avant tout le monde, mais aussi la seule à réussir à affronter le Xénomorphe et à le tuer. Si Ridley Scott apporte ses qualités avec une certaine finesse de mise en scène, James Cameron poussera l’idée plus loin encore dans Aliens.

Dans ce dernier, sorti en 1986 (donc après Terminator 2 et sa Sarah Connor si imposante), sa badasserie atteint son paroxysme, notamment lorsqu’elle porte ce magistrale exosquelette militaire pour éclater la reine des Xénomorphes, avec son célèbre "Get away from her, you bitch".

On retrouve ce personnage dans le troisième volet de David Fincher : Ripley devient chef de meute dans une prison où le machisme fait loi. Dans le quatrième volet de Jean-Pierre Jeunet, Sigourney Weaver campe un clone de Ripley ayant des capacités de Xénomorphe — comprendre qu’elle a une force et des réflexes surhumains. Dans ces quatre longs-métrages, le personnage de Ripley évolue et ne cesse de devenir plus fort et plus badass que jamais.

Un article écrit par Lucille Bion, Arthur Cios, Marie Jaso et Louis Lepron

Journaliste cinéma. Experte en Timothée Chalamet, Quentin Tarantino et Martin Scorsese.