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(Crédits : Katrina Ohstrom)

Katrina Ohstrom : dans les écoles abandonnées de Philadelphie

Katrina Ohstrom n'est pas une photographe comme les autres. Derrière son travail qui se rapproche de l'exploration urbaine se dissimule un message politique : un cri de rage contre la déliquescence de l'éducation dans la ville de Philadelphie.

katrina ohstrom

(Crédits : Katrina Ohstrom)

Katrina Ohstrom est photographe et habite Philadelphie. Aux États-Unis, elle a été l'une des villes les plus durement touchées par la crise économique. Aujourd'hui, l'un des symptômes les plus criants du mal social semble être ses écoles désaffectées.

Peu à peu, derrière l'urgence de la crise, l'abandon du système éducatif est devenu la conséquence tragique, une métaphore du délabrement des institutions. Pour preuve : la commission de réforme scolaire de Philadelphie a voté la fermeture de 23 écoles publiques plus tôt ce mois-ci. Une catastrophe, selon Katrina.

Armée de son appareil photo, elle a décidé de documenter cette déliquescence de l'éducation. Elle nous raconte son travail militant.

Konbini | Pourquoi décider de photographier les écoles abandonnées de Philadelphie ?

Je vis dans cette ville depuis dix ans. Ces écoles font partie de mon paysage quotidien. avec la photographie, j'essaye de graviter autour de sujets qui me sont familiers. Naturellement, lorsque j'ai trouvé un moyen d'accéder à ces bâtiments, je n'ai pas hésité.

(Crédits : Katrina Ohstrom)

K | Votre travail peut-il s'apparenter à de l'urbex [urban exploration, ndr] ?

Disons que je le pratique, mais ça n'a pas été systématique dans le cas de ces écoles où j'ai souvent été accréditée. Ceci dit, j'en respecte les principes. J'ai photographié de nombreux endroits sans permission spécifique mais j'ai toujours été respectueuse du lieu (pas de vandalisme) et j'ai systématiquement fait attention à ma propre sécurité. Mon but est de documenter ces espaces, pas de les altérer en aucune manière que ce soit.

(Crédit : Katrina Ohrstrom)

K | Vous avez récemment répondu à un journaliste du Huffington Post que vous vous sentiez "obligée" de documenter ces écoles laissées à l'abandon. Voyez-vous votre travail comme du journalisme ?

Je considère tout à fait mon travail de photographie comme du journalisme. Bien que ces photos d'écoles sont un projet à court terme, elles s'intègrent dans un effort de documentation en constante évolution et en expansion. Isolées, ces images peuvent servir à illustrer un certain nombre de maux sociaux.

Mais dans le long-terme, je souhaite que celui qui les regarde voit toutes ces questions distinctes comme connectées, comme les symptômes d'un problème éminemment plus vaste.

(Crédits : Katrina Ohstrom)

Ces photos documentent certainement une époque : celle de la fin de l'instruction publique aux États-Unis, de l'avènement de l'austérité et de l'abandon de la notion de bien public.

(Crédits : Katrina Ohstrom)

K | Pensez-vous que vos photographies pourraient aider la situation à s'arranger ?

Je ne pense pas que mon travail puisse avoir un quelconque impact sur les écoles déjà fermées. Mais j'ai espoir que, peut-être, les personnes qui verront ces photos se rendront compte que la même chose est en train d'arriver dans tout le pays. Ces personnes pourront alors exiger que les ressources financières soient transférées différemment : moins de prisons privées et d'allègements fiscaux et plus pour l'éducation publique.

(Crédits : Katrina Ohstrom)

K | Des officiels de Philadelphie vous ont-ils contacté au sujet de vos photographies ?

Les officiels de la ville, ainsi que ceux de la Commission de la Réforme Scolaire (le district scolaire de Philadelphie a été sous contrôle de l'Etat durant la dernière décennie) sont restés silencieux. L'an passé, le district m'a accordé l'accès à trois écoles prêtes à fermer. Pas cette année. Ils ne m'ont permis d'en documenter qu'une seule avec une accréditation délivrée par l'équipe de l'école.

La plupart des écoles qui ferment cette année rentrent dans le Registre national des lieux historiques et j'ai bien peur qu'elles ne tombent en ruines avant d'être documentées.

(Crédits : Katrina Ohstrom)

K | Sur votre site internet, on peut découvrir vos autres travaux. On peut y voir de nombreuses structures construites par la main de l'homme puis abandonnées. Ces choses délaissées, sont-elles vos principales inspirations ?

Je ne dirai pas que je suis inspirée par la décomposition ou l'abandon mais je sens qu'il est nécessaire de créer un dossier pour enregistrer ces choses sur pellicule. Mais voilà : les granges abandonnées à la campagne illustrent l'abandon de l'agriculture à petite échelle au profit de la monoculture industrialisée.

De la même manière, les écoles vides des milieux urbains illustrent l'abandon de l'enseignement public vers une privatisation et un modèle d'éducation homogène. D'ailleurs, celui-ci concorde bien avec l'expansion rapide des prisons privatisées.

 

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.