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Hitler : un fast food nommé désir médiatique

Un fast food en Thaïlande au nom de Hitler : récit d'un emballement médiatique dont seul le journalisme web a le secret.

En Thaïlande, un restaurant baptisé "Hitler" a plagié la devanture et le logo de l'enseigne KFC; quant au visage de son fondateur, le Colonel Sanders, il a été remplacé par celui d'Hitler ! Un sujet piquant accompagné d'une photo diffusée sur Twitter  et qui tourne sur la toile comme l'info croustillante de machine à café. Oui mais voilà, il y a comme un hic...

Hitler : fast-food médiatique ?

Depuis quelques jours en effet, une histoire de restaurant thaïlandais à l'effigie d'Hitler a encré les pages de sites notables parmi lesquels les plus sérieux. En voici le récit.

Ça a commencé comme ça commence de plus en plus souvent : un tweet. Celui d'un blogueur anglais, Andrew Spooner qui a diffusé ce cliché accompagné de cette légende :

Très bizarre ce restaurant thaïlandais "Hitler fried chicken". Ce n'est pas une blague. Il y a même la photo d'Hitler en noeud papillon.


Andrew Spooner a partagé cette pépite photographique sur son réseau social. À l'heure où nous vous parlons, cette photo, maintes fois retweetée a été vue plus de 27000 fois. Un engouement de clics que le Daily Mail a été l'un des premiers à relayer, allant jusqu'à recueillir le témoignage d'un expatrié thaïlandais du nom d'Alan Robertson qui aurait goûté ce fameux poulet de l'enseigne basée à Bangkok. Ce dernier aurait déclaré par ailleurs y "avoir mangé un poulet assez bon"L'Express a également relayé l'affaire hier avant de faire une mise à jour aujourd'hui même, et ce, à juste titre.

Car il s'avère que ce restaurant n'est pas basé à Bangkok mais à Ubon Ratchathani, soit à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale. Détail que Spooner ne manque pas de relever sur son compte Twitter, perplexe d'ailleurs à l'idée de la réelle existence de cet "Alan Robertson"

Interrogé par  le Huffingtonpost la direction de KFC a menacé de porter plainte face à ce qu'elle considère comme de la "violation d'image".

L'évocation de ce fast-food qui porte le nom d'un dictateur dont l'ombre plane encore lourdement dans la culture occidentale est reçue de différentes manières. Elle relève à la fois de l'insolite, de la provocation et de la réflexion sur les écarts de perceptions historiques d'un point à l'autre du globe. Mais pour Andrew Spooner, qui a diffusé cette image il y a 2 mois, cette évocation est surtout surprenante. Explications.

Le bruit du vent

Le 5 juillet dernier, le Daily Mail a présenté cette affaire dans ses pages, relatant le récit de ce restaurant ayant ouvert ses portes il y a un mois à Bangkok. Cette histoire de fast food à l'effigie d'Hitler ne pouvant guère passer inaperçue, elle a été immédiatement relayée par le site Bangkok Post. Mais dès le lendemain et après certaines vérifications, ce dernier s'est empressé de faire un rectificatif . Et pour cause !

Sur sa page Twitter, Andrew Spooner s'étonne de voir que la photo qu'il a posté il y a de cela 2 mois est retweetée en masse jusqu'à être publiée dans ldes médias aussi sérieux que le Daily Mail et créditée à son nom.

Andrew Spooner peut effectivement se fendre de stupéfaction. Non seulement il n'est pas l'auteur de cette image mais cette dernière remonterait en fait à l'année 2011. Sans même remonter aussi loin, le site d'images insolites Amusing Thailand diffusait déjà cette image en mars 2012... avec la mention de l'endroit précis !

Cette image estampillée du logo du site Amusing Thailand est la même que celle de Spooner publiée sur son compte il y a 2 mois. Il était donc aisé de savoir que le journaliste n'en était pas l'auteur. Il était également tout aussi aisé de connaître l'endroit exact où se situait le restaurant.

En parlant du restaurant, les réactions négatives lors de son ouverture ont suffi - sans avoir recours à un procès avec KFC - à convaincre son propriétaire de changer le nom de son enseigne désormais rebaptisée H-Ler ainsi que le révèle le site Bangkok Post. Le commerçant aurait également fait refaire la devanture de son établissement.

De la nécessité de douter

Hier, Slate publiait un article sur les couleuvres que la presse peut parfois (et involontairement) nous faire avaler. Ce papier évoquait les effets collatéraux de la tendance de la presse à prendre pour argent comptant le contenu d'autres médias sans précautions ni vérifications. Cette histoire de fast-food n'a rien de dramatique en soi mais lorsque ce sont les médias réputés pour être "les plus professionnels" qui s'emmêlent, c'est un indicateur fort et inquiétant de l'influence du web dans le traitement médiatique.

A l'heure où chercher une réponse d'un simple clic est devenu un réflexe, il incombe à chacun - lecteur ou journaliste- de consulter en premier lieu sa propre perception. C'est la base. La multitude d'informations qui nous est donnée chaque jour nous contraint plus que jamais à revenir aux prémisses de la pensée : le DOUTE comme condition première de toute réflexion. 

Oeil à tête chercheuse. Postée à l'Observatoire du 100ème étage et sur rooftop.fr